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<title>Empuria : Insolite</title>
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<description>Insolite : des histoires vraies et vérifiées sur la langue française, la nature, l'histoire et les objets du quotidien. Zéro légende urbaine.</description>
<language>fr-FR</language>
<copyright>Empuria Network</copyright>
<lastBuildDate>Mon, 12 Oct 2026 13:30:00 +0000</lastBuildDate>
<image><url>https://www.empuria-network.fr/brand/logo-144.png</url><title>Empuria : Insolite</title><link>https://www.empuria-network.fr/insolite/</link><width>144</width><height>144</height></image>
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<title>Le flamant rose naît gris, et ses parents pâlissent à force de lui servir un lait rouge</title>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 13:30:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[À l'éclosion, le poussin n'a de rose que le bec et les pattes, et ça ne dure pas. Le reste viendra des salins, mue après mue, en trois ans environ. Quant à sa célèbre pose sur une patte, les chercheurs avancent deux explications, peut-être complémentaires.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/flamants-roses-naissent-gris/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Poussin de flamant au duvet gris et au bec droit, debout dans une eau peu profonde contre les longues pattes roses d'un adulte"></p><p class="lead-para">À l&#39;aube du 7 août 2024, environ 150 volontaires ont refermé un cercle autour d&#39;une « crèche » de poussins, au salin d&#39;Aigues-Mortes. Comme chaque été, la Tour du Valat, institut de recherche camarguais consacré aux zones humides, menait le baguage, et 450 jeunes flamants ont reçu une bague, pesée et mesures à la clé. Dans cette troupe qui piétine, le rose se fait rare. Du gris, du brun, la teinte d&#39;un vieux pull trop lavé.</p>
<h2 id="une-boule-grise-aux-pattes-roses-qui-noircissent-en-une-sema">Une boule grise aux pattes roses, qui noircissent en une semaine</h2>
<p>Au départ, il y a un œuf, un seul, long de près de 9 cm et lourd d&#39;environ 170 g. Perché sur une tourelle de boue d&#39;une quarantaine de centimètres, il est couvé 29 jours par le mâle et la femelle, qui se relaient tous les trois ou quatre jours, décrit la Tour du Valat.</p>
<p>Le poussin qui en sort a la taille d&#39;une balle de tennis, selon le zoo de San Diego. Il porte un duvet gris, un bec tout droit et des pattes un peu enflées, roses comme le bec. Ce rose-là ne tient pas. En une semaine environ, bec et pattes virent au noir, précise le zoo. Drôle de départ pour un flamant rose.</p>
<p>Vers dix jours, il quitte le nid pour la crèche des jeunes, un terme qu&#39;emploient aussi les ornithologues anglophones. Le bec ne se courbera que plus tard, et le premier envol survient en général vers 80 jours, selon l&#39;institut camarguais.</p>
<h2 id="un-lait-rouge-servi-par-le-pere-comme-par-la-mere">Un lait rouge, servi par le père comme par la mère</h2>
<p>Les adultes, eux, partent se nourrir, parfois jusqu&#39;à 150 km de la colonie, et ne rentrent qu&#39;au crépuscule. Chacun retrouve alors son petit à ses cris, puis le nourrit bec à bec.</p>
<p>Ce qu&#39;il lui sert porte un nom trompeur, le lait de jabot. Chez le flamant, il est produit par des glandes qui tapissent tout le haut du tube digestif, pas par le seul jabot, d&#39;après <em>The Birder&#39;s Handbook</em>. Pendant environ deux mois, le jeune ne mange rien d&#39;autre.</p>
<p>Et ce lait est rouge. Il doit sa couleur aux pigments du menu des parents, ceux que le poussin fixera un jour dans ses plumes, selon l&#39;Animal Diversity Web (université du Michigan). <em>The Birder&#39;s Handbook</em> le décrit comme nettement plus gras et bien moins riche en protéines que le lait de jabot des pigeons. Le zoo de San Diego compare sa valeur nutritive à celle d&#39;un lait de mammifère.</p>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/flamants-roses-naissent-gris/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/flamants-roses-naissent-gris/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/flamants-roses-naissent-gris/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/flamants-roses-naissent-gris/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Une femme âgée et une adolescente observent aux jumelles, depuis une digue ensoleillée, des flamants roses et quelques jeunes gris-brun dans une lagune" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Depuis la digue, aux jumelles, à bonne distance des oiseaux</figcaption></figure><p>Pour les parents, la facture se lit sur le plumage. À force de céder leurs pigments, ils finissent la saison d&#39;un rose très pâle, voire blancs, explique le zoo de San Diego, avant de retrouver leur couleur une fois les jeunes autonomes. Un flamant tout délavé en fin de saison a peut-être simplement élevé un petit.</p>
<h2 id="des-microbes-du-sel-aux-plumes-trois-ans-pour-rosir">Des microbes du sel aux plumes, trois ans pour rosir</h2>
<p>Le flamant ne sait pas fabriquer ses caroténoïdes de toutes pièces (<em>Scientific Reports</em>, 2015). Il les puise dans son assiette et les transforme par oxydation. Au moins cinq pigments composent sa couleur, dont la canthaxanthine et l&#39;astaxanthine, détaille la Tour du Valat.</p>
<p>La chaîne démarre, selon l&#39;institut, chez des archées du genre <em>Halobacterium</em>, ces microbes qui contribuent à la couleur rouge des tables salantes en fin d&#39;été. Viennent ensuite une algue microscopique, <em>Dunaliella salina</em>, puis les artémias qui la broutent, et enfin le flamant.</p>
<p>On lit souvent que le flamant doit son rose aux crevettes. C&#39;est un raccourci : l&#39;artémia, sa proie vedette des salins, est un minuscule crustacé branchiopode, pas une crevette. Le menu compte aussi des larves, des graines, voire du riz fraîchement semé, au grand dam des riziculteurs.</p>
<p>Les caroténoïdes doivent leur nom à la carotte, et c&#39;est la même famille qui jaunit une partie des <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/">feuilles en automne</a>. Chez le jeune, les plumes rosissent mue après mue, à mesure qu&#39;elles se chargent de pigments, décrit le Wildfowl &amp; Wetlands Trust britannique. La couleur ne devient définitive qu&#39;à la maturité sexuelle, vers 3 ans, selon la Tour du Valat.</p>
<p>Reste le maquillage, au sens propre. Pendant les parades nuptiales, les flamants étalent sur leurs plumes la sécrétion de leur glande uropygiale, chargée de caroténoïdes. Une étude menée avec la Tour du Valat (<em>Ecology and Evolution</em>, 2021) a montré que, privées de cet entretien, les plumes exposées au soleil pâlissent. Le rose du flamant se retouche, comme un rouge à lèvres.</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Flamant avec un t, flamand avec un d</p><div class="callout__body"><p>Le mot vient du provençal <em>flamen</em>, issu du latin <em>flamma</em>, la flamme, indique le Larousse. Le dictionnaire met d&#39;ailleurs en garde contre la confusion avec flamand, qui désigne ce qui vient de la Flandre. Le nom savant, <em>Phoenicopterus</em>, peut se traduire par « ailes pourpres », selon la Tour du Valat.</p>
</div></aside>
<h2 id="la-seule-colonie-de-france-a-change-d-adresse">La seule colonie de France a changé d&#39;adresse</h2>
<p>De 1969 au milieu des années 2010, la grande colonie française a niché presque chaque année sur l&#39;étang du Fangassier, dans les Bouches-du-Rhône. Son histoire tient du bricolage inspiré. Les flamants s&#39;y entassent d&#39;abord sur un îlot trop petit. La Tour du Valat fait alors construire, avec la compagnie des Salins, un îlot artificiel de 6 200 m², que les oiseaux boudent quatre ans. En février 1974, on y bâtit 500 faux nids. Le leurre marche, et dès le printemps la moitié de la colonie s&#39;y installe. Le site accueillera en moyenne 11 500 couples, près d&#39;un tiers des nicheurs de Méditerranée occidentale.</p>
<p>Depuis, l&#39;action s&#39;est déplacée dans le Gard. En 2024, la Tour du Valat présentait le salin d&#39;Aigues-Mortes comme le seul site de nidification du flamant rose en France, et y coordonnait le baguage pour la septième fois consécutive. Les effectifs y font le yoyo : plus de 20 000 couples en 2020, environ 13 000 en 2024 pour quelque 3 000 poussins, une saison plombée surtout par un printemps très orageux. Ces écarts n&#39;ont rien de surprenant chez un oiseau aussi mobile, capable de nicher en Camargue une année, puis en Andalousie ou en Sardaigne la suivante.</p>
<p>Le suivi, structuré depuis 1977, a aussi ses doyens. En 2024, les observateurs ont identifié 27 oiseaux bagués poussins en 1977. Ils avaient 47 ans.</p>
<aside class="callout callout--attention"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M10.3 3.9 1.8 18a2 2 0 0 0 1.7 3h17a2 2 0 0 0 1.7-3L13.7 3.9a2 2 0 0 0-3.4 0z"/><path d="M12 9v4M12 17h.01"/></svg><span>Attention</span></p><p class="callout__title">Une colonie se dérange pour un rien</p><div class="callout__body"><p>En période de reproduction, un dérangement peut faire échouer toute une colonie, prévient la Tour du Valat. Un ballon gonflable en 1987, un cygne noir échappé de captivité en 1989 : il n&#39;en a pas fallu davantage pour faire fuir de nombreux nicheurs camarguais. Espèce protégée, le flamant rose s&#39;observe de loin, aux jumelles.</p>
</div></aside>
<h2 id="sur-une-patte-le-flamant-dort-pour-deux-raisons-possibles">Sur une patte, le flamant dort pour deux raisons possibles</h2>
<p>Une autre énigme tient à cette manie de piquer un somme en équilibre, le bec glissé dans les plumes.</p>
<p>La première piste est thermique. En 2010, Matthew Anderson et Sarah Williams ont publié dans <em>Zoo Biology</em> une série d&#39;observations de flamants des Caraïbes captifs. Les oiseaux posés dans l&#39;eau se tenaient plus souvent sur une patte que ceux restés au sec, et cette proportion baissait quand la température montait. Pour eux, la posture aide l&#39;oiseau à réguler sa température. Aucun, au passage, n&#39;avait de patte préférée.</p>
<p>L&#39;autre piste est mécanique. En 2017, Young-Hui Chang (Georgia Tech) et Lena Ting (université Emory) ont décrit dans <em>Biology Letters</em> une expérience un brin macabre : un cadavre de flamant, posé sur une seule patte, restait stable sans la moindre activité musculaire, ce qu&#39;il ne faisait pas sur deux. Ils en déduisent, prudemment, qu&#39;un mécanisme passif pourrait porter l&#39;oiseau à peu de frais, sans avoir mesuré sa dépense d&#39;énergie. Et rien n&#39;interdit que chaleur et mécanique jouent ensemble.</p>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Où voir des flamants roses en France ?</h3>
<p>En Camargue toute l&#39;année, et plus largement dans les zones humides du littoral méditerranéen. Les silhouettes grises ou brunes parmi les adultes sont des jeunes.</p>
<h3>J&#39;ai repéré un flamant bagué, que faire ?</h3>
<p>Notez le code de sa bague en plastique, lisible à distance, sa couleur et la patte qui la porte, avec la date et le lieu précis. Transmettez le tout à la Tour du Valat.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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<title>Molière écrivait « septante-neuf » : pourquoi la France dit soixante-dix et la Belgique septante</title>
<link>https://www.empuria-network.fr/insolite/quatre-vingts-nonante-pourquoi/</link>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 12:25:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[Pendant des siècles, le français a compté par dix et par vingt à la fois. Paris a fini par choisir quatre-vingts, Bruxelles et Lausanne ont gardé septante et nonante. En chemin, on croise un hôpital de trois cents aveugles, les lunettes de Villon et une énigme que personne n'a résolue.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/quatre-vingts-nonante-pourquoi/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Une grand-mère et sa petite-fille comptent sur leurs doigts devant des pommes rangées en petits tas, dans une cuisine ensoleillée"></p><p class="lead-para">Au troisième acte du Bourgeois gentilhomme, monsieur Jourdain sort ses comptes et déroule, ligne par ligne, tout ce qu&#39;il a avancé au comte Dorante. Deux cents louis, puis « une autre fois six vingts ». Plus loin, « deux mille sept cent quatre-vingts livres à votre tailleur », puis « quatre mille trois cent septante-neuf livres douze sous huit deniers à votre marchand ». Deux façons de compter sur la même liste, en 1670, et personne sur scène ne sourcille. Le français de Molière n&#39;avait pas encore choisi entre la dizaine et la vingtaine.</p>
<h2 id="setante-oitante-nonante-le-latin-presque-intact">Setante, oitante, nonante : le latin presque intact</h2>
<p>Le latin comptait sagement par dizaines (septuaginta, octoginta, nonaginta), et l&#39;ancien français en a tiré ses propres mots. Le Trésor de la langue française (TLFi) relève « nunante » vers 1120 dans le Voyage de saint Brendan, « setante » dans la première moitié du XIIe siècle et « oitante », ancêtre de huitante, vers 1140. Le premier « quatre vinz » qu&#39;il recense arrive vers 1170.</p>
<p>Les deux systèmes ont grandi côte à côte, au point de partager parfois la même phrase. En 1432, dans un traité de cosmographie cité par le Dictionnaire du moyen français, l&#39;astronome Jean Fusoris écrit que Jupiter est plus grand que la Terre « nonante et .V. fois, c&#39;est a dire .IIIIxx. et .XV. fois ». Les points encadrent des chiffres romains, et IIIIxx se lit simplement quatre fois vingt.</p>
<h2 id="gaulois-normands-ou-gros-sous-l-origine-reste-une-enigme">Gaulois, Normands ou gros sous : l&#39;origine reste une énigme</h2>
<p>Personne ne sait au juste d&#39;où vient ce compte par vingt, que le latin ignorait. Une piste regarde vers les Celtes, les Gaulois ayant pu léguer l&#39;habitude de compter par vingtaines. Une autre regarde vers le Nord et les Normands. Sylviane Schwer, qui a retracé en 2020 l&#39;histoire de notre numération pour l&#39;APMEP, l&#39;association des professeurs de mathématiques, l&#39;écrit clairement : cette origine « n&#39;est pas éclaircie ».</p>
<p>Elle avoue pencher pour une troisième piste, plus prosaïque : l&#39;argent. La réforme monétaire carolingienne a fixé la livre à vingt sous, et le sou à douze deniers. Le système a duré des siècles, puisque monsieur Jourdain compte encore en livres, sous et deniers.</p>
<p>La piste gauloise garde des partisans enthousiastes. La revue Défense du français présentait quatre-vingts comme « un des derniers souvenirs linguistiques de nos ancêtres les gaulois, qui comptaient par vingtaines ». La phrase est jolie, elle n&#39;est pas démontrée. On prête d&#39;ailleurs bien d&#39;autres héritages aux Celtes, à commencer par <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/halloween-origine-navet-irlande/">Halloween et ses lanternes de navet</a>.</p>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/quatre-vingts-nonante-pourquoi/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/quatre-vingts-nonante-pourquoi/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/quatre-vingts-nonante-pourquoi/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/quatre-vingts-nonante-pourquoi/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Gros plan sur des mains d'âges différents qui rangent des noix en petits tas réguliers sur une vieille table en bois" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Des noix comptées par petits tas, dans une cour de village</figcaption></figure><h2 id="six-vingts-quinze-vingts-et-meme-dix-neuf-vingt">Six-vingts, quinze-vingts et même dix-neuf vingt</h2>
<p>La vingtaine ne s&#39;arrêtait pas à quatre-vingts. En 1694, la première édition du Dictionnaire de l&#39;Académie française explique que, « dans la maniere ordinaire de compter », on dit « Quatre-vingt, six vingt, &amp; mesme quelquefois, Sept vingt, huit vingt, onze vingt, &amp; ainsi du reste jusques à dix-neuf vingt ». Soit 380. On ne dit en revanche « jamais » deux vingt, trois vingt, cinq vingt ni dix vingt.</p>
<p>Molière en joue pour faire rire. Dans L&#39;Avare, l&#39;entremetteuse Frosine lit les lignes de la main d&#39;Harpagon, qui avoue soixante ans « bien comptés », et le flatte sans vergogne : « je disais cent ans ; mais vous passerez les six-vingts ». Cent vingt ans, rien que ça. En 1692, Racine raconte à Boileau avoir vu la veille « six vingt mille hommes » alignés pour une revue militaire.</p>
<h2 id="trois-cents-aveugles-une-paire-de-lunettes-et-une-legende-de">Trois cents aveugles, une paire de lunettes et une légende de croisade</h2>
<p>Le plus célèbre rescapé de ce compte se trouve à Paris. Vers 1260, Saint Louis fonde près du Louvre « la maison des pauvres aveugles de Paris », prévue pour quinze fois vingt pensionnaires. Trois cents places, d&#39;où le nom de Quinze-Vingts, rappelle l&#39;hôpital lui-même. Deux siècles plus tard, François Villon s&#39;en amuse dans son Testament. Il lègue aux Quinze-Vingts, « qu&#39;autant vauldroit nommer Troys Cens », ses « grans lunectes », sans les étuis. Offrir ses lunettes à des aveugles : l&#39;humour de Villon ne s&#39;embarrasse pas de délicatesse.</p>
<p>Une légende plus spectaculaire veut que Saint Louis ait fondé la maison pour 300 chevaliers revenus de croisade les yeux crevés par les Sarrasins. L&#39;hôpital la date du XVIe siècle et précise que le récit est « sérieusement contesté par les historiens ». Installé depuis 1779 dans l&#39;ancienne caserne des Mousquetaires noirs, l&#39;établissement soigne aujourd&#39;hui les maladies des yeux.</p>
<h2 id="vaugelas-tranche-l-academie-enregistre">Vaugelas tranche, l&#39;Académie enregistre</h2>
<p>On lit souvent que l&#39;Académie française aurait imposé quatre-vingts. Le basculement avait pourtant commencé bien avant elle. Dès 1550, le grammairien Louis Meigret décrit une manière de compter « plus reçue et approuvée », par laquelle « nous disons soixante et dix pour septante ». En 1647, dans ses Remarques sur la langue françoise, Vaugelas, l&#39;un des premiers académiciens, réserve septante à la traduction des Septante. Ailleurs, « il faut toujours dire soixante-dix, &amp; quatre-vingt &amp; non pas octante, &amp; quatre-vingt-dix, &amp; non pas nonante ». En 1680, Richelet confirme : « on dit quatrevingt-dix ».</p>
<p>Le dictionnaire de 1694 constate plus qu&#39;il n&#39;ordonne. Huitante « n&#39;est point en usage dans le discours commun, on dit, Quatre-vingts », mais « on s&#39;en sert dans les supputations d&#39;Arithmetique ». Septante et nonante reçoivent le même traitement.</p>
<p>Sylviane Schwer y lit un retournement inattendu. À la Renaissance, les milieux lettrés revenaient au décimal, portés par la mode italienne (l&#39;italien dit settanta). Les académiciens, agacés, ont défendu la vingtaine en invoquant l&#39;usage populaire, histoire de se démarquer de ces voisins jugés trop vulgaires.</p>
<p>La France lâche prise lentement. Voltaire écrit encore en 1763 qu&#39;il en a « bientôt septante ». Au XIXe siècle, Littré va jusqu&#39;à regretter nonante, qui « a vieilli, et c&#39;est dommage », et souhaite que septante revienne et « chassât soixante-dix ». Peine perdue.</p>
<h2 id="septante-a-bruxelles-huitante-a-lausanne-quatre-vingts-a-gen">Septante à Bruxelles, huitante à Lausanne, quatre-vingts à Genève</h2>
<p>Hors de France, l&#39;ancien usage a tenu bon. En Belgique, septante et nonante gardent une « vitalité élevée et stable, tant en Wallonie qu&#39;à Bruxelles », selon la Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP). Pour 80, les Belges disent quatre-vingts. Le huitante que certains dictionnaires leur prêtent n&#39;est pas confirmé par les relevés récents, note le volet suisse de la base.</p>
<p>La Suisse romande dit septante et nonante partout, mais se divise sur 80. Huitante est l&#39;usage des cantons de Vaud, du Valais et de Fribourg, et il s&#39;écrit jusque dans la presse : en 1993, Le Nouveau Quotidien crédite Linford Christie d&#39;un 100 mètres en « neuf secondes et huitante-sept centièmes ». Genève, Neuchâtel, le Jura et la partie francophone du canton de Berne disent quatre-vingts.</p>
<p>Septante et nonante vivent aussi dans la Vallée d&#39;Aoste, au Congo-Kinshasa, au Rwanda et au Burundi, et nonante résiste par endroits dans l&#39;est de la France, de la Lorraine au Beaujolais. Les Suisses, eux, savent jongler. Un manuel de bon usage signé Dudan conseillait de dire chez soi « la guerre de Septante », mais « la guerre de Soixante-dix » devant des Français de France.</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Octante, le grand absent</p><div class="callout__body"><p>Contrairement à ce qu&#39;affirment plusieurs ouvrages, octante n&#39;est plus employé en Suisse romande, « aux Postes ou ailleurs », précise la BDLP. En 1926, un lexicographe notait qu&#39;il ne survivait plus que dans le langage administratif des Postes suisses.</p>
</div></aside>
<h2 id="le-s-de-quatre-vingts-une-regle-deja-ecrite-en-1694">Le s de quatre-vingts, une règle déjà écrite en 1694</h2>
<p>L&#39;édition de 1694 prévoit déjà le fameux s : vingt multiplié prend un s devant un nom (« quatre-vingts ans »), mais pas devant un autre nombre (« quatre-vingt-deux »). La Grammaire Larousse de 1964, citée par le TLFi, voyait cette « bizarrerie orthographique » sortir peu à peu de l&#39;usage et rappelait qu&#39;un arrêté du 26 février 1901 en rendait l&#39;application facultative. L&#39;Académie, elle, n&#39;a pas cédé. Sa dernière édition précise que quatre-vingts s&#39;écrit sans s quand il est suivi d&#39;un autre nombre ou employé comme ordinal. On écrit donc quatre-vingts ans et un mètre quatre-vingts, mais quatre-vingt-un dollars, quatre-vingt mille euros, page quatre-vingt et les années quatre-vingt.</p>
<p>Devant million, qui est un nom, le s reste en place (quatre-vingts millions). Et l&#39;on dit vingt et un, soixante et onze, mais quatre-vingt-un et quatre-vingt-onze, sans « et ».</p>
<aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Le test du voisin de droite</p><div class="callout__body"><p>Regardez le mot qui suit. Un autre nombre (un, dix, mille) : pas de s. Un nom (ans, euros, millions) ou rien du tout : un s. Seule exception, le rang. Dans « page quatre-vingt » ou « les années quatre-vingt », le nombre veut dire quatre-vingtième et reste sans s.</p>
</div></aside>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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</item>
<item>
<title>Sous le vert de l'été, le jaune des feuilles attendait déjà, alors que le rouge se fabrique sur le tard</title>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 10:45:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[Avant le grand spectacle, l'arbre trie ses réserves. Il récupère ce qui a de la valeur, démonte un pigment devenu encombrant et, chez certaines espèces, se paie un dernier rouge dont les chercheurs se disputent encore l'utilité. Quant au vent, il ne fait que finir le travail.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Une femme aux cheveux gris et une fillette accroupies sur une pelouse ensoleillée montrent une feuille rouge, une jaune et une orange"></p><p class="lead-para">Prenez deux feuilles tombées un matin d&#39;octobre, l&#39;une jaune d&#39;or sous un bouleau, l&#39;autre rouge sang sous un sumac. On jurerait qu&#39;elles racontent la même histoire. C&#39;est presque l&#39;inverse. Le jaune se trouvait déjà dans la feuille en juillet, simplement recouvert. Le rouge n&#39;existait pas encore : l&#39;arbuste l&#39;a fabriqué au dernier moment.</p>
<h2 id="le-vert-ne-s-efface-pas-tout-seul-l-arbre-le-demonte">Le vert ne s&#39;efface pas tout seul, l&#39;arbre le démonte</h2>
<p>Quand les jours raccourcissent et que les températures baissent, la feuille lance un programme de vieillissement inscrit dans ses gènes, explique l&#39;Institut fédéral suisse de recherches WSL. Elle cesse de renouveler sa chlorophylle.</p>
<p>Rien ne se perd pour autant. Avant la chute, l&#39;arbre fait ses cartons et rapatrie vers le tronc, les rameaux et les racines l&#39;azote, le phosphore ou le potassium de ses feuilles. La chlorophylle, elle, est découpée en molécules incolores, presque insensibles à la lumière. Le chimiste Bernhard Kräutler, de l&#39;université d&#39;Innsbruck, y voit d&#39;abord une détoxication, car le pigment intact devient dangereux pour la cellule.</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Le pigment qui disparaissait sans laisser de trace</p><div class="callout__body"><p>Plus d&#39;un milliard de tonnes de chlorophylle seraient fabriquées puis détruites chaque année sur Terre, selon une estimation que reprend Bernhard Kräutler. Longtemps, personne n&#39;a su ce qu&#39;elle devenait. Il a fallu attendre 1991 pour que son équipe et celle de Philippe Matile décrivent un premier débris, tiré de feuilles d&#39;orge. Certains de ces résidus font même briller en bleu la peau des bananes mûres sous une lumière noire.</p>
</div></aside>
<h2 id="le-jaune-attendait-sous-le-vert-depuis-le-printemps">Le jaune attendait sous le vert depuis le printemps</h2>
<p>Les caroténoïdes ne sont pas des pigments d&#39;automne. Ils travaillent tout l&#39;été dans la feuille, aux côtés d&#39;une chlorophylle si abondante qu&#39;elle les masque. Quand le vert s&#39;en va, ils restent, car l&#39;arbre ne les dégrade qu&#39;en partie, selon le WSL. D&#39;où la dominante jaune de nos forêts.</p>
<p>Le carotène doit son nom à la carotte, dont l&#39;Allemand Heinrich Wackenroder l&#39;a extrait en 1831. Xanthophylle signifie « feuille jaune » en grec, comme chlorophylle associe « vert » et « feuille », un mot forgé en 1817 par deux pharmaciens parisiens, Pelletier et Caventou. Et ce sont encore des caroténoïdes, apportés par l&#39;alimentation, qui <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/flamants-roses-naissent-gris/">rosissent les flamants</a>.</p>
<p>En 1906, le botaniste russe Mikhaïl Tsvet a rendu ce jaune visible en faisant migrer un extrait de feuilles dans une colonne de poudre. Les pigments s&#39;y sont séparés en bandes vertes, jaunes et orangées, et il a baptisé sa méthode chromatographie, « l&#39;écriture des couleurs ».</p>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Rameau à contre-jour aux feuilles mi-vertes, mi-jaunes : le jaune gagne par les bords, le vert se replie le long des nervures" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Le vert recule, le jaune qu'il masquait reprend la place</figcaption></figure><aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Refaire l'expérience de Tsvet dans la cuisine</p><div class="callout__body"><p>Écrasez des feuilles d&#39;épinard hachées dans un fond d&#39;alcool à 70°, puis trempez le bout d&#39;une bande de filtre à café dans le liquide vert. En grimpant, l&#39;alcool entraîne les pigments plus ou moins loin et fait souvent apparaître un liseré jaune orangé près du vert. L&#39;alcool s&#39;enflamme facilement, alors travaillez loin de toute flamme et rangez la bouteille hors de portée des enfants.</p>
</div></aside>
<h2 id="le-rouge-se-fabrique-en-fin-de-saison-et-il-coute-cher">Le rouge se fabrique en fin de saison, et il coûte cher</h2>
<p>Les anthocyanes, elles, ne patientent pas sous le vert. Les espèces qui rougissent, comme les cornouillers, les sumacs ou les érables d&#39;Amérique du Nord, les fabriquent à l&#39;automne, pendant que la feuille se vide. Le pharmacien allemand Ludwig Clamor Marquart les a baptisées en 1835 à partir du grec anthos, « fleur », et kyanos, « bleu ». Le rouge d&#39;un sumac est donc, littéralement, une affaire de fleur bleue.</p>
<p>Une telle dépense pour une feuille condamnée a de quoi intriguer. Les physiologistes défendent l&#39;idée d&#39;un écran solaire. Pendant le démontage de la photosynthèse, la feuille supporte mal l&#39;excès de lumière, surtout par temps froid. En 2001, une équipe américaine a conclu, sur le cornouiller stolonifère, que les anthocyanes la protègent et laissent à la plante le temps de récupérer ses nutriments.</p>
<p>Les écologues regardent vers les insectes. Le biologiste britannique William D. Hamilton voyait dans ces couleurs un signal honnête adressé aux pucerons, qui viennent pondre sur les arbres à l&#39;automne. Seul un arbre bien défendu pourrait se payer un tel rouge. Mort en 2000, Hamilton n&#39;a pas vu paraître l&#39;article qu&#39;il cosignait avec Sam Brown, publié en 2001. Les deux pistes ne s&#39;excluent d&#39;ailleurs pas, souligne Simcha Lev-Yadun, de l&#39;université de Haïfa.</p>
<h2 id="pourquoi-l-amerique-du-nord-voit-plus-rouge-que-nous">Pourquoi l&#39;Amérique du Nord voit plus rouge que nous</h2>
<p>Les automnes flamboyants de Nouvelle-Angleterre ne sont pas une légende. Selon Susanne Renner, de l&#39;université Washington à Saint-Louis, près de la moitié des espèces d&#39;arbres et d&#39;arbustes d&#39;Amérique du Nord rougissent. L&#39;Europe du Nord, elle, reste surtout jaune.</p>
<p>En 2009, Simcha Lev-Yadun et Jarmo Holopainen ont accusé les glaciations. En Europe, les Alpes, orientées d&#39;est en ouest, ont barré la retraite des plantes et des insectes vers le sud, et beaucoup d&#39;espèces ont disparu. Il reste chez nous une vingtaine d&#39;espèces de chênes, contre environ 240 en Amérique du Nord. Nos arbres auraient perdu, avec une partie de leurs ravageurs, une raison de rougir.</p>
<p>En 2019, Susanne Renner et Constantin Zohner ont proposé une autre lecture. Plus de soleil, des coups de froid plus brutaux et une saison de végétation plus courte d&#39;environ trois semaines pousseraient les arbres nord-américains à s&#39;offrir un écran pour vider leurs feuilles à temps. Le débat reste ouvert.</p>
<h2 id="soleil-le-jour-fraicheur-la-nuit-mais-pas-de-gel">Soleil le jour, fraîcheur la nuit, mais pas de gel</h2>
<p>Les anthocyanes se fabriquent à partir des sucres de la feuille, sous une lumière vive, rappelle le service des forêts des États-Unis. Journées lumineuses et nuits fraîches forment donc le meilleur cocktail. Le froid aide, le gel beaucoup moins. Selon l&#39;école forestière de l&#39;université d&#39;État de New York, des températures basses mais au-dessus de zéro favorisent les rouges vifs des érables, alors qu&#39;une gelée précoce les ternit. Les longues canicules, elles, dessèchent les feuilles, qui risquent de tomber avant d&#39;avoir pris couleur, note le WSL.</p>
<p>Le brun des chênes en novembre, lui, signe une feuille morte. Quand ses cellules meurent, des composés phénoliques comme les tanins s&#39;oxydent et forment des pigments bruns, une chimie cousine de celle qui fait brunir une pomme coupée.</p>
<h2 id="avant-le-premier-coup-de-vent-l-arbre-a-predecoupe-ses-feuil">Avant le premier coup de vent, l&#39;arbre a prédécoupé ses feuilles</h2>
<p>Ni le froid ni le vent ne sont les premiers responsables de la chute. Pour le WSL, elle protège l&#39;arbre de la sécheresse hivernale. Un chêne rouge d&#39;Amérique d&#39;une centaine d&#39;années peut perdre environ 400 litres d&#39;eau par jour par son feuillage, alors que ses racines, dans un sol froid puis gelé, n&#39;absorbent presque plus rien. Garder ses feuilles, ce serait se dessécher à petit feu.</p>
<p>À la base du pétiole se forme une zone d&#39;abscission (du latin abscindere, « couper »), où les cellules se désolidarisent, tandis qu&#39;une couche de liège referme d&#39;avance la plaie contre les bactéries et les champignons. Un souffle suffit ensuite. Sous le bourgeon de l&#39;an prochain, une petite cicatrice en garde la trace. Au sol, <a href="https://www.empuria-network.fr/jardin/feuilles-mortes-que-faire-jardin/">ces feuilles ont encore beaucoup à offrir au jardin</a>.</p>
<p>Les hêtres, les chênes et les charmes, eux, ne forment pas de zone d&#39;abscission à l&#39;automne, note le WSL, et gardent souvent jusqu&#39;au printemps leurs feuilles sèches couleur cuivre. C&#39;est la marcescence, du latin marcescere, « se flétrir », un trait surtout visible chez les jeunes arbres, selon l&#39;Arnold Arboretum de Harvard. Son utilité reste discutée. Ces feuilles protégeraient les rameaux des cervidés, et une étude publiée en 2001, menée au Danemark, allait dans ce sens pour le hêtre et le charme, plus broutés une fois effeuillés, mais pas pour le chêne.</p>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Pourquoi certains arbres perdent-ils leurs feuilles encore vertes ?</h3>
<p>Le frêne, l&#39;aulne et le sureau lâchent normalement des feuilles restées vertes, note le WSL. Pour l&#39;aulne, dont les racines hébergent des bactéries fixant l&#39;azote de l&#39;air, une piste existe. Selon une étude citée par Susanne Renner, aucune espèce associée à ces bactéries ne rougit à l&#39;automne.</p>
<h3>Le réchauffement retarde-t-il l&#39;automne ?</h3>
<p>Pas si simplement. Les modèles prévoyaient une sénescence retardée de deux à trois semaines d&#39;ici la fin du siècle. Mais selon une étude parue dans Science en 2020, une forte productivité au printemps et en été l&#39;avance chez les arbres européens, d&#39;où une prévision inverse, avec 3 à 6 jours d&#39;avance. Le résultat a été contesté dès 2021.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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</item>
<item>
<title>Votre clavier AZERTY hérite des machines à écrire américaines et n'a reçu sa première norme qu'en 2019</title>
<link>https://www.empuria-network.fr/insolite/pourquoi-clavier-azerty/</link>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 09:05:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[On raconte que le QWERTY a été pensé pour empêcher les barres des machines à écrire de se coincer. Deux chercheurs de Kyoto en doutent sérieusement. Côté français, le É majuscule reste un casse-tête sous Windows, à moins de connaître les bons raccourcis.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/pourquoi-clavier-azerty/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Une grand-mère et son petit-fils adolescent à une table de cuisine, lui tape sur un ordinateur portable, elle pointe une touche, amusée"></p><p class="lead-para">Commencez une phrase par « Ça » sur un ordinateur sous Windows. Le ç minuscule attend sagement sous le 9, mais sa majuscule n&#39;existe pas sur le clavier français classique. Même punition pour le É d&#39;« État », le Œ d&#39;« Œuvres complètes » et les guillemets que vous lisez ici. Ces trous ont une histoire, et elle ne commence pas en France.</p>
<h2 id="1868-un-clavier-facon-piano-range-de-a-a-z">1868, un clavier façon piano, rangé de A à Z</h2>
<p>En novembre 1868, à Milwaukee, Christopher Latham Sholes et ses associés expédient leur première « Type-Writer » à Chicago. Son clavier compte 28 touches, ressemble à celui d&#39;un piano et suit l&#39;ordre alphabétique : de A à N de gauche à droite, puis de O à Z en revenant vers la gauche. Le premier client n&#39;est pas une secrétaire, mais Edward Payson Porter, directeur d&#39;une école de télégraphie de Chicago.</p>
<p>Puis les lettres jouent aux chaises musicales. Le 1er mars 1873, James Densmore, associé de Sholes, signe un contrat de fabrication avec E. Remington &amp; Sons, et la « Sholes &amp; Glidden Type-Writer » sort en avril 1874. En 1878, Sholes fait breveter un clavier qui commence déjà par QWERTY (brevet américain n° 207 559). La version que nous connaissons n&#39;est pourtant figée qu&#39;en 1882, quand les distributeurs de la machine déplacent le M à côté du N et intervertissent le C et le X, pour contourner des brevets. En 1893, cinq grands fabricants réunis dans un trust l&#39;adoptent, et en 1898 il est devenu la norme de fait.</p>
<h2 id="l-histoire-des-barres-qui-se-coincent-a-du-plomb-dans-l-aile">L&#39;histoire des barres qui se coincent a du plomb dans l&#39;aile</h2>
<p>L&#39;explication la plus répandue tient en une image. Sur ces machines, les barres qui portent les caractères sont disposées en corbeille et frappent toutes au même point. Deux barres voisines lancées coup sur coup risquent de s&#39;accrocher, et Sholes aurait donc éloigné les paires de lettres fréquentes en anglais. En 2016, une brochure du ministère de la Culture la présente encore comme un fait, et date même le QWERTY de 1868. Petit problème : le clavier de 1868 était alphabétique.</p>
<p>En 1980, Hisao Yamada, de l&#39;université de Tokyo, en défendait une version prudente : Sholes aurait placé une partie des paires fréquentes face à face. Trente ans plus tard, deux chercheurs de Kyoto, Koichi et Motoko Yasuoka, ont examiné des Sholes &amp; Glidden conservées dans des musées. Le duo TH, le plus fréquent en anglais, a bien ses deux barres diamétralement opposées. ER, le deuxième, a les siennes presque collées, à 16 degrés l&#39;une de l&#39;autre.</p>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/pourquoi-clavier-azerty/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/pourquoi-clavier-azerty/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/pourquoi-clavier-azerty/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/pourquoi-clavier-azerty/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Une machine à écrire ancienne vert pâle posée sur une table de brocante, deux chineurs penchés vers elle avec curiosité" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Les machines à écrire ont légué leur clavier aux ordinateurs</figcaption></figure><p>Leur piste mène au télégraphe. Selon eux, les premiers utilisateurs étaient surtout des télégraphistes qui recopiaient du morse, et plusieurs déplacements de lettres répondraient à leurs besoins. En morse américain, le Z se confond avec la suite S et E, bien plus fréquente. Mieux valait donc loger le S entre le Z et le E. Quant au clavier conçu pour ralentir la frappe, ils jugent l&#39;idée absurde : un télégraphiste trop lent aurait perdu le fil du message. Les deux auteurs reconnaissent pourtant que l&#39;origine du QWERTY « n&#39;a pas été élucidée ».</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">TYPEWRITER sur une seule rangée, la belle histoire de trop</p><div class="callout__body"><p>Le mot anglais TYPEWRITER se tape entièrement sur la rangée du haut d&#39;un clavier QWERTY. En 1986, l&#39;économiste Paul David a relayé, comme une simple suggestion, l&#39;idée que le R y aurait été placé pour que les vendeurs épatent les clients. Les Yasuoka la démontent : le nom commercial, « Sholes &amp; Glidden Type-Writer », avait été choisi avant le déplacement du R. Et ni SHOLES ni GLIDDEN ne tiennent sur une rangée, notent-ils, malicieux.</p>
</div></aside>
<h2 id="aucun-acte-de-naissance-pour-l-azerty">Aucun acte de naissance pour l&#39;AZERTY</h2>
<p>Le clavier français permute quelques touches. Le A et le Q échangent leur place, le Z et le W aussi, et le M remonte à droite du L, exactement là où Sholes l&#39;avait mis dans son brevet de 1878. Les chiffres, eux, demandent la touche Maj. Les documents officiels n&#39;avancent ni inventeur ni date précise. La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) parle d&#39;une « variante » du QWERTY, l&#39;AFNOR d&#39;une disposition « établie par l&#39;usage ».</p>
<p>Selon l&#39;AFNOR, on ne l&#39;utilise qu&#39;en France, dans certains pays d&#39;Afrique et en partie en Belgique, où l&#39;on dit d&#39;ailleurs <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/quatre-vingts-nonante-pourquoi/">nonante plutôt que quatre-vingt-dix</a>. Faute de modèle de référence, chaque fabricant et chaque système d&#39;exploitation a longtemps fait à sa guise, si bien que l&#39;arobase et le symbole euro ne sont pas toujours au même endroit.</p>
<p>L&#39;AFNOR avait pourtant publié en 1987 une norme, annulée depuis, pour un clavier de bureau dit « ergonomiquement rationnel ». L&#39;AZERTY, lui, n&#39;avait jamais eu droit à sa norme.</p>
<h2 id="e-c-oe-les-grands-oublies-du-clavier-francais">É, Ç, Œ, les grands oubliés du clavier français</h2>
<p>Sous Windows, avec le clavier français traditionnel, la touche morte AltGr + 7 suivie d&#39;une majuscule donne un À ou un È. Pour l&#39;accent aigu, en revanche, « il n&#39;y a point de salut », écrit la DGLFLF. Le Ç majuscule, les ligatures æ et œ et les guillemets « » manquent aussi sur la plupart des claviers vendus en France. Même le ÿ de L&#39;Haÿ-les-Roses devient impossible en capitales, fâcheux quand un formulaire exige le nom de la commune en majuscules. <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/commune-y-somme-nom-une-lettre/">La commune d&#39;Y, dans la Somme</a>, s&#39;en tire mieux.</p>
<p>Ces lacunes ont installé une idée fausse, celle de majuscules qui se passeraient d&#39;accent. Certains services de l&#39;État (INSEE, état civil) ont rempli jusqu&#39;à récemment leurs bases en capitales non accentuées, relève la DGLFLF. L&#39;Académie française rappelle au contraire qu&#39;en français « l&#39;accent a pleine valeur orthographique ». Demandez à quelqu&#39;un s&#39;il préfère être INTERNE ou INTERNÉ à l&#39;hôpital.</p>
<h2 id="en-avril-2019-des-algorithmes-retouchent-l-azerty">En avril 2019, des algorithmes retouchent l&#39;AZERTY</h2>
<p>Le chantier démarre fin 2015, sur proposition de la DGLFLF. Une enquête publique menée en juin 2017 recueille plus de 3 000 commentaires, et la norme NF Z71-300 paraît le 2 avril 2019. Elle propose deux claviers. Le premier, l&#39;AZERTY amélioré, garde les 26 lettres et les chiffres à leur place et reconduit 93 % des positions connues, d&#39;après l&#39;AFNOR. Certaines lettres accentuées, la ponctuation, l&#39;arobase ou les symboles monétaires changent en revanche de touche. Le second, le BÉPO, né en 2003 et inspiré du clavier américain Dvorak, chamboule aussi les lettres.</p>
<p>Pour caser les nouveaux caractères, des chercheurs de l&#39;université Aalto, en Finlande, épaulés par Inria Lille, l&#39;institut Max-Planck d&#39;informatique et l&#39;ETH Zurich, ont fait tourner des programmes sur d&#39;immenses corpus de textes en français. Le point médian figure sur les deux claviers, un choix que l&#39;AFNOR dit étranger aux débats sur l&#39;écriture inclusive. Il sert en catalan, entre deux L, et en occitan gascon.</p>
<h2 id="taper-e-c-oe-et-sans-changer-d-ordinateur">Taper É, Ç, œ et « » sans changer d&#39;ordinateur</h2>
<p>Depuis 2024 et la version 24H2 de Windows 11, Microsoft propose une disposition « Français (Standard, AZERTY) » conforme à la NF Z71-300. Majuscules accentuées et ligatures y passent par AltGr, d&#39;après sa documentation :</p>
<ul>
<li>É s&#39;obtient avec AltGr + Maj + é, et la même logique vaut pour À, È et Ê ;</li>
<li>Ç avec AltGr + Maj + C ;</li>
<li>œ avec AltGr + O, et Œ avec AltGr + Maj + O ;</li>
<li>les guillemets « et » ont chacun leur touche.</li>
</ul>
<p>Sur l&#39;ancien AZERTY de Windows, il reste les codes Alt. Touche Alt enfoncée, tapez sur le pavé numérique (pas la rangée du haut) 0201 pour É, 0199 pour Ç, 0156 pour œ, 0140 pour Œ, 0171 et 0187 pour « et ».</p>
<p>Sur Mac et sous Linux, verrouillez les majuscules puis tapez é pour obtenir É, un geste qui marche aussi avec à, rappelle l&#39;AFNOR.</p>
<aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Essayer le nouvel AZERTY sans racheter de clavier</p><div class="callout__body"><p>Sous Windows 11 à jour, ajoutez le clavier « Français (Standard, AZERTY) » dans les paramètres de langue, puis passez de l&#39;un à l&#39;autre avec Windows + Espace. Les lettres ne bougent pas, seuls des accents et des symboles changent de place. En contrepartie, les gravures de vos touches ne diront plus toute la vérité.</p>
</div></aside>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Faut-il vraiment accentuer les majuscules ?</h3>
<p>Oui, recommande l&#39;Académie française, y compris pour la préposition À. Ce n&#39;est pas une obligation légale, mais l&#39;AFNOR juge incorrect d&#39;écrire les majuscules sans accents, source de confusions.</p>
<h3>Mon clavier actuel va-t-il devenir obsolète ?</h3>
<p>Non. La norme n&#39;oblige personne, et l&#39;AFNOR précise que les claviers actuels restent fonctionnels.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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</item>
<item>
<title>La tour Eiffel grandit l'été, mais les fameux 15 centimètres se mesurent à l'horizontale</title>
<link>https://www.empuria-network.fr/insolite/tour-eiffel-grandit-en-ete/</link>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 07:50:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[La chaleur dilate bien son fer, mais la hauteur gagnée chaque été reste un ordre de grandeur. Le mouvement le mieux documenté est plus surprenant : par beau temps, la pointe de la Dame de fer penche du côté de l'ombre et se promène du matin au soir en fuyant le soleil.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/tour-eiffel-grandit-en-ete/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Des amis de tous âges pique-niquent sur une pelouse ensoleillée, l'un pointe le ciel du doigt, la tour Eiffel se dresse derrière les arbres"></p><p class="lead-para">Un après-midi de juillet, les visiteurs accoudés au dernier étage de la tour Eiffel voyagent sans le savoir. Un peu vers le haut, et surtout de côté. Depuis le matin, la pointe du monument se décale lentement sous l&#39;effet du soleil, et elle regagnera sa place pendant la nuit. Ce petit voyage immobile raconte la « croissance estivale » de la tour bien mieux que les chiffres qui circulent.</p>
<h2 id="quinze-centimetres-oui-mais-pas-vers-le-ciel">Quinze centimètres, oui, mais pas vers le ciel</h2>
<p>L&#39;anecdote revient chaque été : la tour Eiffel prendrait 15 centimètres, parfois 20, quand il fait chaud. Sur le principe, rien à redire. La chaleur dilate le fer, et une charpente qui s&#39;allonge fait une tour un peu plus haute. C&#39;est le chiffre qui coince : nous n&#39;avons retrouvé aucune mesure publiée pour l&#39;établir.</p>
<p>Ces 15 centimètres figurent pourtant dans la documentation de la Société d&#39;exploitation de la tour Eiffel (SETE). Mais ils ne mesurent pas une hauteur. Dans un article consacré à la longévité du monument, l&#39;exploitant écrit que le sommet « décrit ainsi en 24 heures une courbe plus ou moins circulaire d&#39;environ 15 centimètres de diamètre ». Par très forte chaleur, ce déplacement peut aller jusqu&#39;à 18 centimètres, un maximum qu&#39;on retrouve à la fois dans une fiche pédagogique de la SETE et dans le livre que Joseph Harriss a consacré à la tour en 1976.</p>
<p>La tour grandit, c&#39;est certain. Mais ce qu&#39;on connaît le mieux de sa pointe, c&#39;est sa balade à l&#39;horizontale.</p>
<h2 id="au-bord-de-la-seine-un-cadran-solaire-dont-l-aiguille-bouge">Au bord de la Seine, un cadran solaire dont l&#39;aiguille bouge</h2>
<p>Le mécanisme tient à une évidence qu&#39;on oublie facilement : le soleil n&#39;éclaire jamais les quatre faces à la fois. D&#39;après la SETE, il chauffe d&#39;abord le côté est, puis le côté sud, puis le côté ouest. Le côté exposé se dilate davantage que les trois autres, restés à l&#39;ombre. Or une tour un peu plus longue d&#39;un côté que de l&#39;autre n&#39;a pas le choix. Elle penche, et toujours à l&#39;opposé du soleil, comme un tournesol qui bouderait.</p>
<p>Comme le soleil passe de l&#39;est à l&#39;ouest par le sud, la pointe fait le trajet inverse. Elle part vers l&#39;ouest le matin, glisse vers le nord au milieu de la journée et revient vers l&#39;est en fin d&#39;après-midi. Le monument devient une sorte de cadran solaire, à ceci près que c&#39;est l&#39;aiguille elle-même qui se déplace. Ce cadran-là suit l&#39;heure du soleil, pas celle des montres : en été, le soleil passe plein sud à Paris nettement après midi à l&#39;horloge, un décalage que <a href="https://www.empuria-network.fr/maison/changement-heure-octobre-2026-astuces/">le passage à l&#39;heure d&#39;hiver</a> réduit d&#39;une heure. La nuit, le fer refroidit et la tour se redresse. Le lendemain, si le ciel est dégagé, tout recommence.</p>
<aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Votre ombre donne le sens de la bascule</p><div class="callout__body"><p>Le sommet penche toujours du côté de l&#39;ombre. Sur le Champ-de-Mars, un coup d&#39;œil à la vôtre donne une bonne idée du côté vers lequel la pointe s&#39;incline à ce moment-là. Par temps couvert, aucune face n&#39;est beaucoup plus chauffée que les autres, et la danse perd logiquement de son ampleur.</p>
</div></aside>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/tour-eiffel-grandit-en-ete/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/tour-eiffel-grandit-en-ete/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/tour-eiffel-grandit-en-ete/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/tour-eiffel-grandit-en-ete/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Contre-plongée sur des poutrelles rivetées peintes en brun, éclairées d'un côté par le soleil, sur fond de ciel bleu et de petits nuages" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Une face chauffe au soleil, l'autre reste à l'ombre : le point de départ de la bascule</figcaption></figure><h2 id="un-peu-plus-de-3-5-millimetres-par-degre-sur-le-papier">Un peu plus de 3,5 millimètres par degré, sur le papier</h2>
<p>La tour n&#39;est pas en acier mais en fer puddlé, sorti des forges de Pompey, en Lorraine, rappelle la SETE. Ses 7 300 tonnes de charpente métallique réagissent à la chaleur comme n&#39;importe quel métal. Les atomes s&#39;agitent, prennent un peu plus de place, et l&#39;ensemble s&#39;allonge.</p>
<p>Pour le fer, cet allongement tourne autour de 12 millionièmes de la longueur par degré, une valeur qu&#39;on trouve dans les tables de référence comme le CRC Handbook of Chemistry and Physics. Multipliée par les 300 mètres de la charpente, elle donne un peu plus de 3,5 millimètres par degré gagné. À une condition : que toute la structure se réchauffe d&#39;un bloc. Elle ne le fait jamais. Une face cuit pendant que les autres restent à l&#39;ombre, les pièces n&#39;ont pas toutes la même épaisseur, et un métal sombre en plein soleil devient plus chaud que l&#39;air ambiant.</p>
<p>Ce calcul de coin de table donne tout de même un ordre de grandeur. Avec 20 °C d&#39;écart entre une journée d&#39;hiver et une journée d&#39;été, la charpente gagnerait environ 7 centimètres. Pour atteindre les fameux 15 centimètres, il faudrait plus de 40 °C d&#39;écart sur toute la structure à la fois, soit la différence entre un jour de grand froid et un jour de canicule. Combien la tour prend vraiment en hauteur reste donc une question ouverte.</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Puddler, un mot venu de la flaque</p><div class="callout__body"><p>Le mot est emprunté au verbe anglais « to puddle », lui-même tiré de « puddle », la flaque. Au sens courant, le verbe anglais veut dire patauger ; dans les forges, il a pris le sens technique de brasser. Pour le Dictionnaire de l&#39;Académie française, puddler, c&#39;est « affiner la fonte dans un four à réverbère ». Des ouvriers remuaient la fonte en fusion avec de longs crochets pour en brûler l&#39;excès de carbone, et il en sortait un fer moins cassant que la fonte.</p>
</div></aside>
<h2 id="le-vent-la-berce-moins-que-le-soleil">Le vent la berce moins que le soleil</h2>
<p>On imagine volontiers la tour tanguer comme un mât de voilier dans la tempête. Elle bouge peu. La SETE parle de quelques centimètres sous l&#39;effet du vent, et de 9 centimètres au maximum, une valeur que sa fiche pédagogique associe à la tempête de décembre 1999. Le 26 décembre au matin, une rafale a bloqué l&#39;anémomètre de la tour sur 216 km/h, rapporte une ressource universitaire de l&#39;UVED consacrée au risque tempête en Île-de-France.</p>
<p>Posez les deux chiffres côte à côte. Selon la SETE, la tempête de 1999 a déplacé le sommet de 9 centimètres au plus, quand une journée de très forte chaleur peut l&#39;incliner de 18. Le soleil d&#39;une canicule bouscule donc davantage la Dame de fer que cette tempête historique, et sans faire le moindre bruit.</p>
<h2 id="six-metres-d-un-coup-grace-a-une-antenne">Six mètres d&#39;un coup, grâce à une antenne</h2>
<p>Les vraies poussées de croissance, c&#39;est tout en haut qu&#39;il faut les chercher. En 1889, la charpente mesure 300 mètres, d&#39;où le nom du projet, la « tour de 300 mètres ». Avec le mât du drapeau, on dépasse un peu les 312 mètres. Les antennes arrivent ensuite : une première en 1957, puis plusieurs changements (1991, 1994, 2000) qui mènent la tour à 324 mètres, selon la SETE.</p>
<p>La dernière poussée date du 15 mars 2022. Ce jour-là, un hélicoptère a hissé au sommet une antenne de radio numérique terrestre (DAB+). La tour est passée de 324 à 330 mètres. Six mètres d&#39;un coup : aucun été ne lui en offrira jamais autant.</p>
<h2 id="soixante-tonnes-de-peinture-pour-durer">Soixante tonnes de peinture pour durer</h2>
<p>Ce va-et-vient quotidien n&#39;est pas tout à fait anodin. « Ces petits mouvements induisent une fatigue dans le métal qui l&#39;affaiblit à la longue », écrit la SETE. Pensez à un trombone qu&#39;on plie et déplie, en beaucoup plus lent. L&#39;exploitant avance un ordre de grandeur rassurant, autour de mille ans avant que cette fatigue ne vienne à bout de la tour.</p>
<p>L&#39;autre ennemi du fer puddlé, c&#39;est la rouille. Contre elle, la tour compte sur sa peinture. La SETE recense 20 campagnes depuis 1889, soit une tous les sept ans en moyenne, avec environ 60 tonnes de peinture à chaque fois. La 20e campagne, annoncée pour durer près de trois ans, comprenait aussi le décapage d&#39;une partie des anciennes couches.</p>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Sent-on la tour bouger quand on est au sommet ?</h3>
<p>Non. Le sommet met une journée entière à parcourir sa courbe d&#39;environ 15 centimètres, un déplacement bien trop lent pour être perçu.</p>
<h3>La tour rétrécit-elle en hiver ?</h3>
<p>Oui, un peu. Le froid contracte la charpente, d&#39;environ 3,5 millimètres par degré perdu, du moins si toute la structure refroidissait d&#39;un bloc. Au moment où les arbres du Champ-de-Mars <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/feuilles-automne-pourquoi-changent-couleur/">changent de couleur</a>, la tour, elle, commence à rentrer la tête dans les épaules.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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</item>
<item>
<title>Un village de la Somme s'appelle Y, tout court, et en 1166 on l'écrivait déjà d'une seule lettre</title>
<link>https://www.empuria-network.fr/insolite/commune-y-somme-nom-une-lettre/</link>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 06:10:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[Pas de point, pas de trait d'union, pas d'article. Dans l'est de la Somme, 87 habitants vivent dans le seul village de France dont le nom tient en un caractère. À l'autre bout du classement, le titre du nom le plus long dépend de ce que l'on compte, les signes ou les lettres.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/commune-y-somme-nom-une-lettre/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Dans une rue de village aux maisons de brique, un homme en casquette accoudé à son portail bavarde avec une jeune femme qui tient son vélo"></p><p class="lead-para">Au 1er janvier 2026, la France compte 34 875 communes, d&#39;après le Code officiel géographique de l&#39;Insee. Certaines traînent des noms à rallonge, la plupart se contentent d&#39;un mot. Une seule tient en une lettre. Elle s&#39;appelle Y, rien avant, rien après, de quoi remplir une adresse sur une enveloppe en un temps record. On la trouve dans l&#39;est de la Somme, au milieu des champs, et ce nom minuscule porte une histoire qui remonte au XIe siècle.</p>
<h2 id="87-habitants-2-73-km-et-une-seule-lettre-sur-le-panneau">87 habitants, 2,73 km² et une seule lettre sur le panneau</h2>
<p>Au recensement de 2023, l&#39;Insee y a compté 87 habitants et 43 logements, dont 34 résidences principales, sur un territoire de 2,73 km². Le village se trouve à 9 km au nord-ouest de Ham, à une quinzaine de kilomètres de Péronne, et fait partie de la communauté de communes de l&#39;Est de la Somme.</p>
<p>Sa courbe démographique raconte un lent effacement. Le dictionnaire topographique de la Somme publié par Jacques Garnier entre 1867 et 1878 lui attribuait 234 habitants. L&#39;Insee en dénombre 116 en 1968, puis 80 en 2007, le point le plus bas de sa série, avant une petite remontée à 93 en 2012. Entre-temps, la Grande Guerre est passée par là. Le village a été détruit pendant le conflit, rappelle le géographe Roger Brunet dans son inventaire France, le trésor des régions.</p>
<p>Le même Roger Brunet donne aux habitants deux gentilés au choix, les Yssois ou les Ypsiloniens. Le second est un clin d&#39;œil savant. Il emprunte le nom grec de la lettre, l&#39;upsilon, quand le français, lui, dit « i grec ».</p>
<h2 id="en-1166-on-ecrivait-deja-i-une-lettre-toute-droite">En 1166, on écrivait déjà I, une lettre toute droite</h2>
<p>Ce nom minimaliste n&#39;a rien d&#39;une fantaisie moderne. Le dictionnaire de Garnier, qui recense les formes anciennes trouvées dans les archives, cite une « villa Iei » qu&#39;il date de 1050, d&#39;après un acte de Guy, évêque d&#39;Amiens, publié dans la Gallia christiana. En 1166, dans un texte de Baudouin, évêque de Noyon, le nom ne fait plus qu&#39;une lettre : I. Au XIIIe siècle, un registre de Philippe Auguste écrit Hy, et l&#39;érudit De Cagny relève même un Yerba, qui ne doit évidemment rien au maté. La graphie actuelle apparaît en 1241-1242, dans le cartulaire de Noyon.</p>
<p>Faites le calcul. Hormis ces quelques graphies plus longues du XIIIe siècle, le nom tient en un seul caractère depuis plus de huit siècles et demi.</p>
<p>Aucun document n&#39;explique pourquoi le Y a pris la place du I. On sait seulement que cette lettre avait du prestige à l&#39;écrit. Le Dictionnaire de l&#39;Académie française note que le mot « roi » s&#39;est écrit « roy » « en raison de la connotation noble qu&#39;avait le y ». De là à imaginer que le village s&#39;est anobli d&#39;un coup de plume, il y a un pas que les documents ne permettent pas de franchir.</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Le y, une lettre importée de Grèce</p><div class="callout__body"><p>Selon le Dictionnaire de l&#39;Académie française, le y a servi à transcrire en latin, puis en français, l&#39;upsilon grec. D&#39;où son nom de « i grec », et sa présence dans des mots savants comme étymologie ou lycée. Le petit y de « il y a » n&#39;a rien à voir avec lui. Il vient du latin hic, « ici », et il est attesté dès le IXe siècle.</p>
</div></aside>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/commune-y-somme-nom-une-lettre/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/commune-y-somme-nom-une-lettre/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/commune-y-somme-nom-une-lettre/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/commune-y-somme-nom-une-lettre/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Une famille à vélo sur un chemin de campagne qui se divise en deux, entre un champ de blé doré et un champ de betteraves" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Une route qui fourche entre les champs, soit un Y parfait, qui n'explique pourtant rien du nom du village</figcaption></figure><h2 id="derriere-y-peut-etre-le-domaine-d-un-certain-ido">Derrière Y, peut-être le domaine d&#39;un certain Ido</h2>
<p>Sur le sens premier du mot, avant qu&#39;il ne fonde, la prudence s&#39;impose. Garnier signale une forme latine, Iacum, relevée par De Cagny mais non datée. Elle évoque le suffixe -acum, d&#39;origine gauloise, qui désignait un lieu ou un domaine et qu&#39;on retrouve dans une foule de noms de lieux. Une reconstruction proposée pour Y part d&#39;une forme Idiacum, le domaine d&#39;un certain Ido, nom de personne d&#39;origine germanique. Au fil des siècles, le mot se serait usé jusqu&#39;à ne garder qu&#39;un son, « i ».</p>
<p>Le conditionnel est de rigueur. Cet Ido est déduit du nom lui-même, et la plus ancienne forme connue, ce Iei du XIe siècle, est déjà très érodée. Les noms de lieux gardent la mémoire de prononciations disparues, un peu comme nos nombres gardent celle de vieilles façons de compter, de <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/quatre-vingts-nonante-pourquoi/">quatre-vingts à nonante</a>.</p>
<p>Un point, au moins, ne fait pas débat. Inutile de chercher sur place un carrefour en forme de Y pour expliquer le nom. En 1166, il s&#39;écrivait I, un simple trait vertical.</p>
<h2 id="treize-communes-a-deux-lettres-d-eu-a-oo">Treize communes à deux lettres, d&#39;Eu à Oô</h2>
<p>Une lettre, c&#39;est un record en solitaire. Avec deux, on forme déjà un petit club. Le Code officiel géographique 2026 en recense treize : Sy (Ardennes), By (Doubs), Bû (Eure-et-Loir), Oô (Haute-Garonne), Oz (Isère), Ri (Orne), Uz (Hautes-Pyrénées), Py et Ur (Pyrénées-Orientales), Gy (Haute-Saône), Eu et Ry (Seine-Maritime), Us (Val-d&#39;Oise). Deux d&#39;entre elles portent un accent circonflexe, ce qui fait beaucoup de chapeaux pour si peu de lettres.</p>
<p>Toutes ne sont pas des hameaux. Eu compte 6 499 habitants en 2023, Bû 2 077 et Us 1 374. À l&#39;autre extrême, Uz n&#39;en a que 37, Sy 58, By 79 et Py 83. Avec ses 87 habitants, Y n&#39;est même pas la moins peuplée du lot.</p>
<p>Le club perd parfois des membres, absorbés par les communes nouvelles. Ay, dans la Marne, est devenue en 2016 une commune déléguée d&#39;Aÿ-Champagne. Fa, dans l&#39;Aude, a connu le même sort en 2019 au sein de Val-du-Faby. Us, elle, a changé de numéro sans bouger d&#39;un mètre. Rattachée à la Seine-et-Oise sous le code 78625, elle est devenue 95625 le 1er janvier 1968, à la naissance du Val-d&#39;Oise.</p>
<aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Pour trancher un débat de comptoir</p><div class="callout__body"><p>Le Code officiel géographique de l&#39;Insee, téléchargeable gratuitement et établi au 1er janvier de chaque année, donne l&#39;orthographe officielle de chaque commune, accents et traits d&#39;union compris. Un fichier compagnon retrace les fusions, séparations et changements de nom depuis 1943. L&#39;outil idéal pour vérifier un record avant de le répéter.</p>
</div></aside>
<h2 id="45-caracteres-dans-la-marne-et-pourtant-un-record-partage">45 caractères dans la Marne, et pourtant un record partagé</h2>
<p>À l&#39;autre bout du classement trône Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson, dans la Marne, avec 470 habitants en 2023, plus de cinq fois la population d&#39;Y. On lui prête volontiers « 45 lettres ». Le compte est plus subtil. Le nom aligne 45 caractères, dont 7 traits d&#39;union, et les lettres, elles, ne sont que 38.</p>
<p>Or une commune de Haute-Saône en aligne exactement autant. Beaujeu-Saint-Vallier-Pierrejux-et-Quitteur, 921 habitants, ne compte que 5 traits d&#39;union, soit 43 caractères. Son nom s&#39;est allongé le 31 décembre 1972, quand Beaujeu-Saint-Vallier-et-Pierrejux a fusionné avec Quitteur. Selon qu&#39;on compte les signes ou les lettres, la Marne gagne seule ou partage la première place.</p>
<p>Le record a même déjà été égalé au caractère près. De 1973 à 1984, l&#39;Isère a abrité Saint-Vincent-de-Mercuze-Sainte-Marie-du-Mont, avec 45 caractères et 38 lettres, un ex aequo parfait avec la championne marnaise. La fusion a été défaite au 1er janvier 1984. Dans le Calvados, Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont, 44 caractères mais 38 lettres elle aussi, s&#39;est fondue en 2016 dans Vire Normandie. Entre 1973 et 1984, quatre communes se partageaient donc la barre des 38 lettres.</p>
<p>Les records de longueur vont et viennent au gré des fusions. Celui d&#39;Y ne peut pas être battu, puisqu&#39;on ne fera jamais plus court qu&#39;une lettre. Il ne tomberait que si la commune changeait de nom, par exemple en fusionnant un jour avec une voisine. Sur <a href="https://www.empuria-network.fr/insolite/pourquoi-clavier-azerty/">un clavier AZERTY</a>, le Y a pour voisins le T et le U. Sur la carte de France, il n&#39;a aucun semblable.</p>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Combien de communes compte la France ?</h3>
<p>34 875 au 1er janvier 2026, selon le Code officiel géographique de l&#39;Insee. Elles étaient 36 658 au 1er janvier 2015, avant la vague de fusions en communes nouvelles.</p>
<h3>Où se range Y dans la liste officielle ?</h3>
<p>Son code Insee est 80829, le 80 désignant la Somme. Parmi les communes actuelles, Y suit Woirel (80828) et précède Yvrench (80832). Les deux numéros intermédiaires ont leur propre histoire : 80830 appartient à Yaucourt-Bussus, devenue en 2025 commune déléguée de Bussus-lès-Yaucourt, et 80831 fut celui d&#39;Ytres, passée dans le Pas-de-Calais en 1971.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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<title>Halloween se creusait dans un navet bien avant la citrouille, et un musée irlandais en garde la grimace</title>
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<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 04:55:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Inès Haddad</dc:creator>
<category>Insolite</category>
<description><![CDATA[En 1943, une institutrice du Donegal envoie au Musée national d'Irlande une lanterne taillée dans un navet. Le légume pourrissait, le musée en a sauvé la grimace dans le plâtre. Elle raconte un Halloween sans citrouille, et bouscule quelques idées reçues sur ses origines celtes.]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/halloween-origine-navet-irlande/hero-1600.jpg" width="1600" height="900" alt="Une grand-mère et deux enfants évident des rutabagas et des navets à la grande table d'une cuisine de campagne lumineuse"></p><p class="lead-para">Au Musée national d&#39;Irlande, dans le comté de Mayo, une tête ronde fait la grimace. Visage pincé, air furieux. C&#39;est une lanterne d&#39;Halloween taillée dans un navet. Enfin, presque. Ce que l&#39;on regarde est un moulage en plâtre peint, car le légume d&#39;origine a connu le destin ordinaire des navets. Cette tête de mauvais coucheur rappelle qu&#39;Halloween s&#39;est éclairé aux racines bien avant de virer à l&#39;orange.</p>
<h2 id="le-navet-de-fintown-sauve-par-un-moulage-en-platre">Le navet de Fintown, sauvé par un moulage en plâtre</h2>
<p>L&#39;histoire commence en 1943. Une institutrice en poste près de Fintown, dans le comté de Donegal, envoie au musée une lanterne creusée dans un navet, en précisant que c&#39;est le modèle qu&#39;on fabriquait dans le coin vers 1900. Si elle s&#39;en sépare, rapporte Clodagh Doyle, conservatrice adjointe au musée, c&#39;est que plus personne n&#39;en taille, même si la coutume reste dans les mémoires.</p>
<p>Le navet, lui, se décomposait. Le musée en a fait réaliser une réplique, modelée et peinte par son artiste maison, Eileen Barnes. C&#39;est cette copie qu&#39;expose le Museum of Country Life, l&#39;antenne du musée consacrée à la vie rurale, à Turlough Park, près de Castlebar.</p>
<p>Selon la notice du musée, on glissait une bougie dans l&#39;original et on s&#39;en servait pour faire peur aux gens la nuit du 31 octobre. « On croyait que beaucoup d&#39;âmes de morts erraient en cherchant leur chemin, et qu&#39;elles n&#39;étaient pas toutes bonnes, il pouvait aussi y avoir de mauvais esprits », expliquait Clodagh Doyle en 2017 à l&#39;agence Catholic News Service. Croisée au détour d&#39;un chemin, la grimace éclairée de l&#39;intérieur devait faire son effet.</p>
<h2 id="navet-rutabaga-ou-betterave-on-creusait-ce-qui-poussait">Navet, rutabaga ou betterave, on creusait ce qui poussait</h2>
<p>« Navet » est une traduction commode. En Irlande, d&#39;après National Geographic, on taillait des visages effrayants dans des légumes-racines : navets, betteraves, et même pommes de terre. En Écosse, turnip, ou neep en scots, sert aussi à nommer le rutabaga, ce cousin à chair jaune. Dans le Somerset, au sud-ouest de l&#39;Angleterre, le village de Hinton St George célèbre le dernier jeudi d&#39;octobre sa Punkie Night, dont la lanterne traditionnelle est une betterave fourragère, la mangel-wurzel.</p>
<p>L&#39;historien Ronald Hutton situe ces légumes évidés, souvent sculptés de visages grotesques, au XIXe siècle, dans des régions d&#39;Angleterre, d&#39;Irlande, du pays de Galles et d&#39;Écosse. « Les lanternes en métal coûtaient assez cher, alors on évidait des légumes-racines », résume Nathan Mannion, conservateur à EPIC, le musée de l&#39;émigration irlandaise de Dublin.</p>
<aside class="callout callout--astuce"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><path d="M9 18h6M10 22h4"/><path d="M12 2a7 7 0 0 0-4 12.7c.6.5 1 1.3 1 2.1V17h6v-.2c0-.8.4-1.6 1-2.1A7 7 0 0 0 12 2z"/></svg><span>Astuce</span></p><p class="callout__title">Tailler une lanterne à l'ancienne</p><div class="callout__body"><p>Prenez un gros rutabaga bien ferme. Le couteau reste entre les mains d&#39;un adulte, pour le chapeau comme pour le visage ; les enfants peuvent évider avec une cuillère solide, sans percer la paroi. La chair est bien plus dure que celle d&#39;une citrouille : prévoyez de la patience, et gardez-la pour une soupe. Côté lumière, une bougie à LED évite de laisser une flamme sans surveillance.</p>
</div></aside>
<figure class="art-figure"><img src="https://www.empuria-network.fr/images/articles/halloween-origine-navet-irlande/inline-800.webp" srcset="https://www.empuria-network.fr/images/articles/halloween-origine-navet-irlande/inline-480.webp 480w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/halloween-origine-navet-irlande/inline-800.webp 800w, https://www.empuria-network.fr/images/articles/halloween-origine-navet-irlande/inline-1200.webp 1200w" sizes="(min-width:1024px) 760px, (min-width:640px) calc(100vw - 48px), 100vw" width="1600" height="900" alt="Gros plan sur un étal de marché d'automne garni de rutabagas, de navets violets, de betteraves et de citrouilles orange" loading="lazy" decoding="async"><figcaption><span class="illu">Illustration</span>Rutabagas, navets, betteraves et citrouilles : tous ont servi de lanterne</figcaption></figure><h2 id="le-diable-une-braise-et-un-avare-nomme-jack">Le diable, une braise et un avare nommé Jack</h2>
<p>La légende censée expliquer le nom anglais de la lanterne, jack-o&#39;-lantern, circule en une foule de versions. La trame la plus courante met en scène Stingy Jack, Jack l&#39;Avare, un Irlandais buveur et roublard. Il piège deux fois le diable, changé en pièce de monnaie puis coincé dans un arbre marqué d&#39;une croix. À sa mort, le paradis ne veut pas de lui, l&#39;enfer non plus. Le diable lui lance une braise, que Jack loge dans un navet creusé pour éclairer son errance éternelle.</p>
<p>Le dictionnaire bouscule pourtant la chronologie. Selon le Merriam-Webster, jack-o&#39;-lantern désigne au XVIIe siècle un homme muni d&#39;une lanterne, comme un veilleur de nuit, ainsi que le feu follet des marais. Pour la lanterne évidée, le premier emploi imprimé connu remonte aux années 1830, sous la plume de l&#39;Américain Nathaniel Hawthorne.</p>
<p>Une variante du Shropshire, rapportée par la folkloriste Katharine Briggs, ressemble beaucoup à notre Jack : un forgeron nommé Will reçoit du diable un charbon ardent, dont il se sert pour égarer les voyageurs dans les marécages. Pas l&#39;ombre d&#39;un légume. Le nom existait donc bien avant la lanterne sculptée. Quant au navet, bien malin qui pourrait dire à quel moment il s&#39;est glissé dans l&#39;histoire.</p>
<h2 id="ce-que-l-on-sait-de-samhain-on-le-doit-a-des-moines">Ce que l&#39;on sait de Samhain, on le doit à des moines</h2>
<p>Halloween hérite en partie de Samhain (Samain en vieil irlandais), qui marquait autour du 1er novembre l&#39;entrée dans l&#39;hiver. C&#39;est l&#39;une des quatre grandes fêtes saisonnières du calendrier gaélique, avec Imbolc, Bealtaine et Lughnasa. On la connaît par des récits irlandais du Moyen Âge, mis par écrit par des moines chrétiens, ce qui laisse de la marge à l&#39;interprétation.</p>
<p>L&#39;idée d&#39;un « Nouvel An celte », avancée vers 1900 par le celtisant John Rhys, a été popularisée par l&#39;anthropologue James Frazer, qui voyait aussi dans Samhain une fête païenne des morts. Ronald Hutton juge ces preuves bien minces. Même le nom résiste : la traduction « fin de l&#39;été », répétée partout, laisse nombre de linguistes sceptiques, et Xavier Delamarre le rattache plutôt à un terme celtique signifiant « réunion, assemblée ».</p>
<aside class="callout callout--bonasavoir"><p class="callout__label"><svg class="ico" width="20" height="20" viewBox="0 0 24 24" fill="none" stroke="currentColor" stroke-width="2" stroke-linecap="round" stroke-linejoin="round" aria-hidden="true" focusable="false"><circle cx="12" cy="12" r="9"/><path d="M12 16v-4M12 8h.01"/></svg><span>Bon à savoir</span></p><p class="callout__title">Un cousin gaulois de Samhain dort à Lyon</p><div class="callout__body"><p>En novembre 1897, un agriculteur de Coligny, dans l&#39;Ain, met au jour des fragments de bronze : un calendrier gaulois du IIe siècle, aujourd&#39;hui conservé au musée Lugdunum, à Lyon. On y lit le nom d&#39;un mois, Samonios, et la mention TRINOX SAMONI, les « trois nuits de Samonios ». Beaucoup de spécialistes y voient un parent de Samhain, sans s&#39;accorder sur la saison qu&#39;il désignait.</p>
</div></aside>
<h2 id="toussaint-rome-a-d-abord-honore-ses-martyrs-en-mai">Toussaint : Rome a d&#39;abord honoré ses martyrs en mai</h2>
<p>Le mot Halloween, lui, est chrétien. C&#39;est la contraction de All Hallow Even, la veille de la Toussaint, attestée vers 1700 selon le Merriam-Webster. D&#39;après la Catholic Encyclopedia, en Occident, l&#39;histoire commence au printemps, quand le pape Boniface IV consacre le Panthéon à la Vierge et à tous les martyrs un 13 mai, en 609 ou 610. Le 1er novembre ne s&#39;impose à toute l&#39;Église qu&#39;au IXe siècle, sous Grégoire IV.</p>
<p>Le choix de ce jour reste discuté. Frazer y voyait une manière de christianiser Samhain, Hutton penche pour une idée venue du monde germanique. En France, c&#39;est la Toussaint qui a hérité des fleurs, <a href="https://www.empuria-network.fr/jardin/chrysanthemes-toussaint-faire-durer/">les chrysanthèmes en tête</a>.</p>
<h2 id="en-amerique-la-citrouille-a-d-abord-fete-les-recoltes">En Amérique, la citrouille a d&#39;abord fêté les récoltes</h2>
<p>On raconte que les immigrants irlandais, arrivés en masse après la grande famine de 1845, ont troqué le navet contre la citrouille, une courge d&#39;origine américaine, abondante et plus facile à creuser. La chronologie est plus tordue. Le jack-o&#39;-lantern creusé figure chez Hawthorne dès les années 1830, avant la famine. Et dans La Légende de Sleepy Hollow, publiée en 1820, le cavalier sans tête lance sa « tête » sur Ichabod Crane ; au matin, on ne retrouve qu&#39;une citrouille éclatée, que le texte ne dit nulle part sculptée.</p>
<p>Au XIXe siècle, la citrouille américaine est d&#39;abord un emblème des moissons et de Thanksgiving. Selon l&#39;historienne Cindy Ott, la première image d&#39;une citrouille-lanterne est probablement une gravure parue dans Harper&#39;s Weekly le 23 novembre 1867, avec un article qui ne parle pas d&#39;Halloween. Sur la transmission par les émigrés, Clodagh Doyle reste prudente : « Je ne pense pas qu&#39;on trouvera le lien direct, mais on peut dire avec certitude qu&#39;on en fabriquait en Irlande. »</p>
<p>La France, elle, a sauté l&#39;étape du navet. L&#39;INA date de 1997 l&#39;arrivée en force d&#39;Halloween dans l&#39;Hexagone. Cette année-là, un opérateur de téléphonie mobile installe 8 500 citrouilles dans les jardins du Trocadéro, et le cours de la citrouille grimpe de 12 % à Rungis. Avec <a href="https://www.empuria-network.fr/maison/changement-heure-octobre-2026-astuces/">le passage à l&#39;heure d&#39;hiver</a> le 25 octobre, la nuit tombera tôt le 31. L&#39;occasion de tenter la lanterne au rutabaga, juste pour voir la tête des voisins.</p>
<h2 id="vos-questions">Vos questions</h2>
<h3>Pourquoi écrit-on parfois « Hallowe&#39;en » ?</h3>
<p>L&#39;apostrophe signale la contraction de even, forme ancienne de evening (le soir), dans All Hallow Even.</p>
<h3>La citrouille d&#39;Halloween est-elle un potiron ?</h3>
<p>Pas vraiment. La citrouille appartient à l&#39;espèce Cucurbita pepo, comme la Connecticut Field, la grosse courge orange que les fermes américaines du XIXe siècle cultivaient surtout comme fourrage. Le potiron relève d&#39;une autre espèce, Cucurbita maxima.</p>
<p>Article relu par Hélène Vasseur.</p>]]></content:encoded>
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