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L'été indien nous vient d'Amérique du Nord, et pour Météo-France, l'employer en France est impropre

Un ciel bleu en octobre, un déjeuner en terrasse, et la phrase tombe toute seule : « c'est l'été indien ». Météo-France n'est pas d'accord. L'expression vient d'Amérique du Nord, où elle désigne une embellie bien précise, et le français avait déjà son nom pour ces douceurs d'arrière-saison : l'été de la Saint-Martin.

Un jeune couple souriant marche main dans la main dans une allée de parc couverte de feuilles rouges et dorées, sous un ciel bleu
IllustrationDouceur et ciel bleu en automne : ce que l'on appelle chez nous, un peu à tort, l'été indien

L'essentiel en 30 secondes

  1. Pour Météo-France, l'été indien est une période de beau temps propre au Canada, entre octobre et novembre. En France, le terme est impropre.
  2. Sa plus ancienne trace écrite connue date d'environ 1778. Personne ne sait vraiment pourquoi on l'a dit « indien ».
  3. Le français parlait d'été de la Saint-Martin, autour du 11 novembre. La chanson de Joe Dassin a popularisé l'été indien en 1975.
Sommaire
  1. Ce que dit Météo-France
  2. Une expression née vers 1778, en anglais
  3. Pourquoi « indien » ? Personne ne le sait vraiment
  4. En France, on disait l'été de la Saint-Martin
  5. Comment appeler nos belles journées d'octobre
  6. Vos questions

Il suffit de quelques jours de soleil après les premières pluies d'automne. Les terrasses se remplissent de nouveau, les pulls retournent dans l'armoire, et le mot arrive vite, à la radio comme à la machine à café : été indien. Il sonne bien, il évoque les érables rouges et les lacs du Canada. C'est justement là qu'il aurait dû rester, si l'on en croit Météo-France.

Ce que dit Météo-France

Dans son glossaire, Météo-France ne prend pas de gants. Le terme « été indien » désigne une période particulière de beau temps au Canada, entre octobre et novembre. Il est utilisé « de façon impropre en France pour définir une situation de beau temps à l'automne ». Ce n'est donc pas un terme de la météorologie française.

En Amérique du Nord, l'expression a toujours désigné plus qu'un simple redoux. Elle évoque une embellie tardive, souvent après les premiers froids. Le 13 octobre 1794, un officier américain, Ebenezer Denny, note dans son journal, depuis le nord-est de la Pennsylvanie : « Temps agréable. L'été indien est là. Nuits de gel. » Tout y est, la douceur du jour et le froid de la nuit.

Une expression née vers 1778, en anglais

La plus ancienne trace écrite connue remonte à 1778 environ. On la doit à Michel-Guillaume Jean de Crèvecœur, un Normand installé dans la colonie de New York, qui écrivait en anglais sous le nom de J. Hector St. John. Il y évoque, avant les grandes neiges, un court intervalle de fumée et de douceur, « appelé l'été indien ». Son texte n'a été publié que bien plus tard, précise le blog Aacimotaatiiyankwi, consacré à l'histoire des Myaamia, un peuple autochtone d'Amérique du Nord.

D'autres témoignages suivent. Le 21 octobre 1790, le général Josiah Harmar consigne dans son journal : « Beau temps, été indien ». Puis vient Denny, quatre ans plus tard. Au XIXe siècle, l'expression prend aussi un sens figuré, pour parler d'un regain tardif dans une vie. En 1834, le poète John Greenleaf Whittier célèbre ainsi « l'été indien du cœur », relève The Phrase Finder, site britannique consacré à l'origine des expressions anglaises.

Pourquoi « indien » ? Personne ne le sait vraiment

Le mystère reste entier. The Phrase Finder recense plusieurs hypothèses sans pouvoir trancher :

  • la brume de ces journées, que les colons attribuaient aux feux allumés par les Amérindiens dans les prairies ;
  • la période où les peuples autochtones faisaient leurs dernières récoltes ;
  • un phénomène plus fréquent dans les territoires amérindiens ;
  • la reprise, à l'automne, de raids contre les colonies ;
  • un sens péjoratif, « indien » voulant dire faux, trompeur, comme un été qui n'en est pas un.

L'idée d'un lien avec l'Inde ou le commerce de l'océan Indien est jugée très douteuse par le site. Pour la piste des feux, le blog Aacimotaatiiyankwi note qu'au début du XIXe siècle, plusieurs auteurs américains rattachaient déjà la brume de cette saison aux brûlis autochtones, sans qu'on puisse affirmer que le nom en vienne directement.

Un couple de retraités assis sur un ponton en bois, devant un lac où se reflète une forêt d'érables rouges et orangés en automne
IllustrationAu Canada, l'été indien désigne une période particulière de beau temps entre octobre et novembre

En France, on disait l'été de la Saint-Martin

Le français n'avait pas attendu l'Amérique pour nommer ces douceurs tardives. On parlait d'été de la Saint-Martin, du nom de la fête de saint Martin, le 11 novembre. L'anglais avait aussi ses équivalents, relève The Phrase Finder : St Martin's summer, St Luke's summer, du nom de la Saint-Luc, le 18 octobre, ou encore All-Hallown summer, autour de la Toussaint. Ils ont presque tous disparu au profit d'« Indian summer ».

Shakespeare l'emploie déjà à la fin du XVIe siècle. Dans la première partie d'Henry VI, Jeanne d'Arc promet au dauphin un été de la Saint-Martin et des jours alcyoniens, maintenant qu'elle est entrée dans la guerre. Comprenez : un répit inespéré.

Le rapprochement entre les deux saisons a été fait tôt. Selon le blog Aacimotaatiiyankwi, le philosophe Volney, qui a parcouru les États-Unis à la fin du XVIIIe siècle, comparait déjà l'Indian summer américain à l'été de la Saint-Martin des Français.

Comment appeler nos belles journées d'octobre

Rien n'interdit de parler d'été indien, la langue suit l'usage et la chanson a fait le reste. Mais si vous voulez coller au calendrier français, l'été de la Saint-Martin s'impose quand la douceur s'attarde autour du 11 novembre. En octobre, une belle arrière-saison fait très bien l'affaire.

Côté mécanique, ces embellies d'automne tiennent souvent à un anticyclone, une zone de hautes pressions dans le vocabulaire de Météo-France, qui s'installe sur le pays. Sous un ciel dégagé, la chaleur s'échappe la nuit. D'où des matinées fraîches, parfois noyées dans le brouillard, ce nuage dont la base touche le sol, puis des après-midi lumineux. Le décor idéal pour admirer les couleurs des feuilles, en France comme au Québec.

Vos questions

Un été indien peut-il arriver en septembre ?

Pas au sens nord-américain retenu par Météo-France, qui le situe entre octobre et novembre. Une vague de chaleur en septembre relève plutôt de la fin de l'été.

Pourquoi la Saint-Martin, le 11 novembre ?

C'est la fête de saint Martin de Tours, très populaire en France, et une date repère du calendrier d'autrefois. Les jours doux qui survenaient autour ont pris son nom.

Nos sources

  • Météo-France, glossaire météo et climat, entrées « Été indien », « Anticyclone » et « Brouillard »
  • Gary Martin, The Phrase Finder, « Indian summer » (attestations et hypothèses sur l'origine)
  • Aacimotaatiiyankwi, « What was an Indian summer? », 15 octobre 2024 (attestations de Crèvecœur, Harmar et Denny, rapprochement fait par Volney)
  • William Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I, scène 2
  • Nostalgie, « Joe Dassin : focus sur son tube L'été indien », et Europe 1, histoire de la chanson (1975)

Article vérifié avant publication

RédactionInès Haddad
Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

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