
Araignées dans la baignoire en octobre : pas des canalisations, mais des mâles en quête d'amour
Une grosse araignée immobile au fond de la baignoire, une autre qui file sous le canapé en pleine soirée : la scène revient chaque automne. Elles ne viennent pas des canalisations et ne fuient pas le froid. Ce sont, pour la plupart, des mâles de tégénaire qui ont quitté leur toile pour trouver une femelle.

L'essentiel en 30 secondes
- En septembre et octobre, les mâles de tégénaire quittent leur toile pour chercher une femelle, d'où ces rencontres plus fréquentes.
- Leurs griffes n'adhèrent pas aux parois lisses : tombées dans la baignoire, elles ne peuvent plus en sortir.
- Une serviette posée en rampe, ou un verre et une feuille de papier, suffisent à les aider à repartir.
Sommaire
Il est 23 heures, vous allez vous brosser les dents et elle est là. Huit pattes velues, immobile au fond de la baignoire blanche, plus large qu'une pièce de deux euros. La veille, une cousine traversait le salon en diagonale. Impression d'invasion garantie. Pourtant, il n'y a pas plus d'araignées chez vous en octobre qu'en juin : vous les voyez, voilà tout.
Des mâles qui ont quitté leur toile
L'araignée que l'on croise le plus souvent dans les maisons françaises est la tégénaire des maisons. Grande, brune et velue, elle peut atteindre une dizaine de centimètres pattes comprises. Le reste de l'année, elle se fait oublier : elle vit cachée au fond d'une toile en nappe prolongée par un entonnoir, dans un recoin de garage, derrière un meuble ou au coin d'une plinthe.
À la fin de l'été, tout change. C'est la saison des amours, qui court de la fin de l'été à la fin de l'automne, explique l'arachnologue Arnaud Henrard, du musée de l'Afrique centrale de Tervuren, en Belgique. Les mâles devenus adultes quittent leur toile et partent en vadrouille dans la maison à la recherche d'une femelle. L'aranéologue Christine Rollard, du Muséum national d'histoire naturelle, résume volontiers la scène par une image : un Roméo en quête de sa Juliette.
Dans sa fiche consacrée aux araignées, la LPO le confirme : on remarque surtout les tégénaires à la fin de l'été, lorsque les mâles quittent leur toile pour se reproduire, et la période la plus chargée se situe en septembre et octobre. Adultes, elles ont aussi atteint leur taille maximale, ce qui les rend d'autant plus visibles.
Pourquoi on les retrouve au fond de la baignoire
Une idée tenace veut que les araignées remontent par les tuyaux. Arnaud Henrard est formel : les araignées des maisons ne vivent ni dans les canalisations ni dans l'eau. Celle de la baignoire y est tombée en se promenant, et c'est là que l'anatomie lui joue un tour.
Les araignées qui tissent des toiles, comme la tégénaire, ont trois griffes au bout des pattes, dont une petite en crochet qui leur permet de s'agripper à la soie. Parfait sur une toile, inutile sur de l'émail. Sur une paroi lisse, elles glissent et ne peuvent plus remonter, explique la LPO. D'autres araignées, chasseuses, n'ont que deux griffes et des touffes de poils microscopiques qui adhèrent aux surfaces lisses, un peu à la manière des geckos, précise Arnaud Henrard. Celles-là se tirent d'affaire seules.
La femelle, elle, sort rarement. Il arrive qu'une femelle devenue trop grosse pour son abri en cherche un autre et finisse dans un évier, mais ce sont surtout les mâles errants qui se retrouvent piégés.

Trois espèces à reconnaître chez soi
Chez vous, la tégénaire n'est pas seule. La LPO cite deux autres habituées de nos maisons. Le pholque phalangiste, au corps filiforme et aux très longues pattes, se tient sous sa toile au plafond des caves, des garages ou des salles de bains. On le confond souvent avec le faucheux, qui n'est pas une araignée. Inoffensif pour nous, il chasse les insectes volants et d'autres araignées, parfois plus grosses que lui.
La zoropse à pattes épineuses se reconnaît à sa taille (jusqu'à 2 cm de corps pour les femelles) et au dessin sombre sur son dos. Venue des garrigues et des maquis méditerranéens, elle s'étend progressivement vers le nord de la France depuis une trentaine d'années, et s'installe plus souvent dans les maisons. Elle ne tisse pas de toile et chasse la nuit.
La méthode douce pour s'en débarrasser
Inutile de sortir la pantoufle. Une araignée posée sur un mur aura en général disparu dans les heures qui suivent, note la LPO. Si elle vous gêne vraiment, posez un verre retourné sur elle, glissez une feuille de papier ou une carte postale dessous, et emportez le tout. Dehors ou dans un garage, à vous de voir : une araignée qui a élu domicile chez vous a tendance à revenir.
Pour celle de la baignoire, la LPO propose une solution encore plus simple : laisser pendre une serviette ou un morceau de tissu du rebord jusqu'au fond. L'araignée s'y accroche et remonte seule pendant la nuit. Évitez de la faire partir dans le siphon avec la douchette.
Des colocataires plutôt utiles
Une araignée dans la maison, c'est un insecticide gratuit. Les tégénaires et les pholques capturent mouches, moustiques et autres insectes, et même d'autres araignées. Au jardin, leurs cousines jouent le même rôle, aux côtés d'autres alliés comme le hérisson. Les araignées servent aussi d'indicateurs de la santé des milieux naturels, et leur soie, à la fois très résistante et souple, intéresse de près les chercheurs.
En France métropolitaine, aucune araignée ne bénéficie d'un statut de protection, précise la LPO. Rien ne vous oblige donc à cohabiter. Mais avant d'écraser la visiteuse de la baignoire, rappelez-vous qu'elle cherchait seulement l'amour.
Vos questions
Les araignées entrent-elles pour se protéger du froid ?
Ce n'est pas l'explication principale. Les tégénaires vivent déjà dans la maison, dans des recoins discrets, et les mâles se montrent en automne parce que c'est leur saison de reproduction.
Comment les empêcher d'entrer ?
Une moustiquaire et des joints en bon état limitent les entrées. Mais les tégénaires vivent souvent déjà à l'intérieur, cachées dans les recoins, bien avant de se montrer.
Nos sources
- LPO France, fiche Médiation faune sauvage « Araignées », mise à jour du 24 août 2021
- L'Avenir, « Les araignées dans la baignoire, en octobre, entrent-elles par les canalisations ? », entretien avec Arnaud Henrard, arachnologue au musée de l'Afrique centrale de Tervuren, 25 octobre 2025
- Christine Rollard, aranéologue au Muséum national d'histoire naturelle, propos rapportés par la presse sur la saison de reproduction des tégénaires
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