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Si le programme Eco du lave-vaisselle dépasse souvent trois heures, c'est justement pour consommer moins

La machine est pleine, le cycle s'annonce à rallonge et le doigt hésite au-dessus du programme rapide. Sur une vaisselle normalement sale, ce serait le mauvais calcul : l'Eco reste le plus sobre, et c'est sur lui que l'Europe établit l'étiquette énergie. Toute la physique de l'affaire tient dans un bol de porridge.

Une grand-mère et son petit-fils adolescent rangent assiettes, bols et verres dans les paniers d'un lave-vaisselle encastré, cuisine claire
IllustrationUne machine bien remplie avant le départ du cycle

L'essentiel en 30 secondes

  1. Le programme Eco lave souvent autour de 50 °C et compense par la durée : la saleté a le temps de tremper, le détergent celui d'agir
  2. Depuis le 1er mars 2021, il doit s'appeler « eco » et sert de base à l'étiquette énergie, qui affiche sa durée en heures et minutes
  3. Racler les assiettes suffit : la notice doit désormais préciser que le prérinçage à la main augmente la consommation d'eau et d'énergie
Sommaire
  1. Une bouilloire cachée sous la cuve
  2. L'Europe a imposé le mot « eco » et banni « normal »
  3. La notice déconseille désormais le prérinçage
  4. Une machine à moitié vide chauffe presque autant qu'une pleine
  5. Cocottes grasses et plats à gratin, là où l'Eco cale
  6. Vos questions

Le bol de porridge oublié sur la table du petit déjeuner, tout le monde connaît. On peut le récurer sous l'eau bien chaude, ou le laisser tremper une heure dans l'eau tiède, le temps que les flocons se décollent presque seuls. La seconde ne coûte que de la patience. Votre lave-vaisselle connaît le même dilemme, et son programme Eco a choisi le trempage. D'où ces cycles qui dépassent souvent trois heures, au grand désespoir de celui qui attendait le saladier pour le dîner.

Une bouilloire cachée sous la cuve

La pompe qui arrose les assiettes consomme peu. La résistance qui chauffe cette eau, elle, se comporte comme une bouilloire. D'après l'étude préparatoire publiée en 2017 par le Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC), 70 à 90 % de l'électricité d'un lave-vaisselle sert à chauffer l'eau, la vaisselle et la machine elle-même. Chaque degré se paie.

Les spécialistes du lavage raisonnent avec le cercle de Sinner. Quatre facteurs se partagent le travail : l'action mécanique, la température, la chimie du détergent et le temps. Qu'on en rogne un, un autre doit compenser. Or les jets ne peuvent guère gagner en puissance sans malmener les verres fins, et la chimie reste l'affaire du fabricant de détergent. Reste le temps. Pour baisser la température, les constructeurs ont donc allongé les cycles, histoire de laisser la saleté tremper et le détergent travailler. En 2017, le JRC situait la plupart des programmes Eco autour de 50 °C.

L'addition se règle en minutes. En 2015, sur les modèles classés A++ examinés par l'organisme allemand d'essais comparatifs Stiftung Warentest, le programme Eco durait de 2 h 59 à 4 h 12. Le JRC relevait une moyenne de 196 minutes (3 h 16), et le modèle le plus économe du marché en octobre 2017, équipé d'une pompe à chaleur, grimpait jusqu'à 4 h 55. Lancé après le déjeuner, celui-là rend la vaisselle à l'apéritif.

Dans une enquête menée en 2015 dans onze pays, dont la France, pour l'étude du JRC, 60 % des adeptes du programme court disaient le choisir pour économiser l'eau et l'énergie. Pour quelques verres à peine sales, pourquoi pas. Sur une vaisselle normalement sale, c'est prendre l'équation à l'envers, car pour laver aussi bien en moins de temps, il faut chauffer davantage.

L'Europe a imposé le mot « eco » et banni « normal »

Le règlement européen (UE) 2019/2022, applicable depuis le 1er mars 2021, oblige chaque lave-vaisselle mis sur le marché à proposer un programme baptisé « eco », un nom qui lui est réservé. Il doit être réglé par défaut sur les machines qui mémorisent le dernier programme ou le choisissent seules, et accessible directement sur les autres. Le texte bannit aussi « normal », « quotidien », « ordinaire » et « standard » des noms de programmes, dans toutes les langues de l'Union.

Le réglage par défaut n'a rien de neuf, puisque le règlement de 2010 l'imposait dès décembre 2012. Les habitudes ont traîné, comme un cycle Eco. Dans l'enquête de 2015, 39 % des cycles passaient encore en programme « normal », contre 19 % seulement en Eco.

La nouveauté la plus visible de 2021 se lit sur l'étiquette énergie. Le règlement délégué (UE) 2019/2017 l'a refondue avec une échelle de A à G et, pour le programme Eco, la consommation d'énergie pour 100 cycles, l'eau par cycle et la durée en heures et minutes. L'attente s'affiche avant même l'achat.

Gros plan sur des mains qui raclent à la spatule des restes de pâtes d'une assiette vers un bac à compost, près d'un évier au robinet fermé
IllustrationRacler suffit, le robinet peut rester fermé

La notice déconseille désormais le prérinçage

En 2015, toujours selon cette enquête, près d'un foyer équipé sur trois passait chaque pièce sous le robinet avant de la ranger. Motif avancé par 45 % de ces rinceurs : éviter les mauvaises odeurs.

Le règlement a tranché. La notice doit indiquer que le prérinçage à la main augmente la consommation d'eau et d'énergie, et qu'il n'est pas recommandé. Les fabricants conseillent de racler ou d'essuyer les restes, rien de plus. Une étude d'observation menée dans 200 foyers de quatre pays européens n'a trouvé chez les rinceurs aucune satisfaction supplémentaire sur la propreté. Avec de l'eau chaude, c'est la double peine : vous payez le chauffe-eau pour une eau qui file à l'égout, puis la machine chauffe la sienne.

Contre les odeurs, c'est le filtre qu'il faut soigner, pas le robinet. Même réflexe que pour le joint du lave-linge quand le linge sent le renfermé.

Une machine à moitié vide chauffe presque autant qu'une pleine

Autre mention obligatoire de la notice : remplir l'appareil fait économiser eau et énergie. Les professionnels interrogés par le JRC retiennent un partage approximatif, un tiers de l'énergie pour la machine elle-même, un tiers pour la vaisselle, un tiers pour l'eau. Or la cuve ne rétrécit pas quand vous n'y glissez que six assiettes, et l'eau à chauffer ne diminue guère. Pour deux fois moins de vaisselle, les deux tiers de la dépense restent à peu près les mêmes, même si certains programmes automatiques s'adaptent un peu à la charge.

Le séchage dépend lui aussi de la chaleur stockée. L'assiette en porcelaine sort tiède et sèche vite. La boîte en plastique, qui emmagasine bien moins de chaleur, refroidit avant d'avoir évaporé ses gouttes, d'où la petite flaque au creux du couvercle. Certaines machines entrouvrent leur porte en fin de cycle pour laisser filer l'air humide. Imitez-les, sans envoyer la vapeur sous un plan de travail en bois.

Avec un contrat à heures creuses, dont les plages figurent sur votre facture, le départ différé cale le cycle au bon moment. Le règlement le plafonne à 24 heures et limite à 4 watts la puissance appelée pendant l'attente. Sans heures creuses, lancer la machine à 2 heures du matin n'économise que le bruit pendant le dîner.

Cocottes grasses et plats à gratin, là où l'Eco cale

L'Eco, dit le règlement, convient à la vaisselle « normalement sale ». La cocotte du bœuf bourguignon ou le plat à gratin au fromage attaché sortent de la case. La graisse a besoin de chaleur, comme le beurre figé au fond d'une poêle froide, sur lequel l'eau glisse tant qu'il ne fond pas. Les acteurs du secteur consultés par le JRC placent la barre au-dessus de 45 °C pour les salissures grasses et les taches de thé des tests normalisés. Ces soirs-là, l'intensif, plus chaud, reprend la main.

Côté hygiène, rien à craindre au quotidien. Dans les essais de Stiftung Warentest cités par le JRC, l'Eco retirait même davantage de bactéries qu'un lavage à la main.

Le filtre mérite plus d'égards que les recettes maison. La notice doit désormais indiquer à quel rythme le vérifier et, pour un modèle récent, le fabricant doit pouvoir fournir des filtres de vidange, y compris aux particuliers, pendant au moins dix ans après la mise sur le marché du dernier exemplaire. Le duo bicarbonate et vinaigre peut rester au placard. On a déjà raconté pourquoi ce mélange mousse beaucoup pour pas grand-chose.

Vos questions

Combien d'eau consomme un cycle ?

Beaucoup moins qu'avant. D'après le JRC, la consommation moyenne déclarée des modèles vendus en Europe est passée de 19,14 litres par cycle en 1998 à 10,72 litres en 2013. Sur une machine récente, l'étiquette affiche la consommation de l'Eco.

Mon lave-vaisselle n'a pas de touche Eco, est-ce normal ?

S'il date d'avant mars 2021, c'est possible : son programme de référence pouvait s'appeler « programme standard ». Depuis 2012, la notice doit indiquer lequel lave la vaisselle normalement sale avec le moins d'eau et d'énergie.

Nos sources

  • Règlement (UE) 2019/2022 de la Commission du 1er octobre 2019 définissant des exigences d'écoconception applicables aux lave-vaisselle ménagers (applicable depuis le 1er mars 2021), articles 2 et 12, annexe II
  • Règlement délégué (UE) 2019/2017 de la Commission du 11 mars 2019 complétant le règlement (UE) 2017/1369 en ce qui concerne l'étiquetage énergétique des lave-vaisselle ménagers (applicable depuis le 1er mars 2021), annexe III
  • Règlement (UE) n° 1016/2010 de la Commission du 10 novembre 2010 portant application de la directive 2009/125/CE en ce qui concerne les exigences d'écoconception applicables aux lave-vaisselle ménagers, annexe I et article 8
  • Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC), Boyano A. et al., Ecodesign and Energy Label for Household Dishwashers, Preparatory study, final report, EUR 28645 EN, 2017 (enquête consommateurs de l'université de Bonn en 2015 dans onze pays, observations de Richter 2010, essais Stiftung Warentest 2015 et 2016, constats du centre de réparation autrichien RUSZ)
  • Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC), Boyano A. et al., Follow-up of the preparatory study for Ecodesign and Energy Label for Household Dishwashers, final report, EUR 28808 EN, 2017

Article vérifié avant publication

Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

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