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Linge propre qui sent le renfermé : ce que des microbiologistes ont trouvé dans le joint du hublot

La serviette sort du tambour et sent le chiffon oublié au fond d'un seau. Des bactéries s'en donnent à cœur joie dans les recoins humides de la machine, et un cycle à 30 °C ne les dérange guère. Pour les calmer, il faut surtout de l'air, un peu de chaleur et un coup de chiffon. Pas de vinaigre.

Un père agenouillé sort des serviettes blanches d'un lave-linge à hublot, sa fille adolescente rit en tenant un panier en osier
IllustrationSorti dès la fin du cycle, le linge n'a pas le temps de croupir dans le tambour

L'essentiel en 30 secondes

  1. Moraxella osloensis, une bactérie qui résiste au séchage, peut fabriquer l'odeur de « chiffon humide et sale » et s'installe volontiers dans le joint
  2. Dans une étude allemande sur 10 machines, le bas du joint abritait en moyenne 31 000 bactéries cultivables par cm², contre 111 en haut
  3. Hublot et tiroir entrouverts, linge étendu sans attendre, cycle chaud régulier. Le vinaigre, lui, attaque le caoutchouc selon Bosch
Sommaire
  1. Une odeur de chiffon mouillé, signée par une bactérie coriace
  2. Dans le bas du joint, 280 fois plus de bactéries qu'en haut
  3. À 30 °C, la machine lave mais ne désinfecte pas
  4. Pour le caoutchouc du hublot, le vinaigre blanc est trop agressif
  5. Le tiroir à lessive, et surtout le trou qu'il laisse
  6. Hublot entrouvert, linge étendu sans attendre
  7. Vos questions

Le cycle vient de finir, le tambour est encore tiède, et la serviette que vous dépliez sent le placard d'une maison de vacances fermée tout l'hiver. Ni la sueur ni la lessive, le renfermé. Le linge sort pourtant d'un bain savonneux. Seulement, un lave-linge n'a rien d'un stérilisateur, et certaines bactéries y vivent très bien, merci pour elles.

Une odeur de chiffon mouillé, signée par une bactérie coriace

Cette odeur a été disséquée au Japon. En 2012, des chercheurs du fabricant de lessives Kao et de l'université Aichi Gakuin ont analysé du linge malodorant récupéré dans 15 foyers. Là-bas, on parle volontiers d'une odeur de « chiffon humide et sale ». La molécule qui domine a un nom à rallonge, l'acide 4-méthyl-3-hexénoïque. Présente à l'état de traces, c'est pourtant elle qui pèse le plus dans l'odeur, comme une goutte d'encre teinte tout un verre d'eau.

Derrière, il y a surtout une bactérie, Moraxella osloensis. Face à Escherichia coli et au staphylocoque doré, elle a bien mieux encaissé le dessèchement et les ultraviolets, de quoi l'aider à survivre au séchage. Détail révélateur, elle produisait la molécule odorante sur des serviettes usagées, pas sur des neuves. Il lui faut de la matière première, cette crasse de sébum, de sueur ou de terre qui résiste au lavage. Et au Japon, rappellent les auteurs, on lave surtout à basse température et on sèche de plus en plus le linge à l'intérieur.

Dans le bas du joint, 280 fois plus de bactéries qu'en haut

Fin 2019, l'équipe du microbiologiste Markus Egert, à l'université de Furtwangen, en Allemagne, a passé au crible 13 lave-linge domestiques. L'ADN de Moraxella osloensis a été repéré dans 9 joints de hublot sur 13, et c'est là qu'elle était la plus abondante. Rien d'étonnant : ce soufflet en caoutchouc passe sans cesse du trempé au sec, un régime taillé pour une bactérie qui résiste au dessèchement.

Un peu plus d'un an après, la même équipe a mis en culture les prélèvements de 10 machines. En haut du joint, d'où l'eau s'écoule vite, il y avait en moyenne 111 bactéries par centimètre carré. En bas, environ 31 000, près de 280 fois plus. La palme revient au logement du bac à lessive, la cavité qu'on découvre en retirant le tiroir, avec environ 42 000. L'échantillon est petit, préviennent les chercheurs, mais l'écart entre le haut et le bas du joint est net et souligne, selon eux, le rôle de l'eau.

Encore fallait-il relier cette faune à l'odeur. Dans une étude publiée fin juillet 2026, l'équipe de Furtwangen a comparé 8 machines jugées malodorantes par leurs propriétaires à 8 machines sans odeur particulière. Moraxella osloensis peuplait largement les joints des deux groupes, sans différence notable. Les machines qui sentaient tendaient tout au plus à contenir davantage d'ADN bactérien. Une affaire de quantité, peut-être, avance Markus Egert, pour qui le microbe « puant » unique n'existe probablement pas.

Main qui passe un chiffon microfibre bleu clair dans le pli en caoutchouc gris du joint d'un lave-linge ouvert
IllustrationLe pli du bas du joint, à essuyer jusqu'au fond

À 30 °C, la machine lave mais ne désinfecte pas

Un lavage à 30 °C ménage la facture d'électricité, mais ne lui demandez pas de tuer les microbes. En 2015, une équipe de l'université belge de Gand a suivi un cycle délicat à 30 °C dans cinq foyers, avec une lessive en poudre sans agent de blanchiment. L'eau qui ressortait de la machine ne contenait en général pas moins de bactéries vivantes que celle qui y entrait.

Bosch pointe les cycles fréquents à basse température « avec une petite quantité de lessive » et demande de doser selon le paquet et le volume de linge. Les chercheurs de Furtwangen ajoutent aux suspects les programmes économes en eau et les lessives liquides sans agent de blanchiment.

D'où l'intérêt d'un lavage chaud de temps en temps. Selon l'équipe de Gand, la plupart des fabricants préconisent un lavage d'entretien mensuel à haute température, de préférence avec un agent de blanchiment. Bosch demande des cycles réguliers à 60 °C ou plus, Furtwangen au moins 60 °C avec une lessive universelle contenant un agent de blanchiment. Votre notice dira s'il faut lancer l'entretien à vide.

Un résultat a surpris dans l'étude allemande de 2019 : les foyers qui lançaient le plus de cycles à 60 °C et plus avaient une flore plus variée dans le bac à lessive, peut-être dopée par la chaleur du tambour, avancent prudemment les auteurs. L'équipe recommande malgré tout le lavage chaud, avec une machine qu'on laisse sécher et un nettoyage régulier. La chaleur ne dispense pas du chiffon.

Pour le caoutchouc du hublot, le vinaigre blanc est trop agressif

La recette circule partout. Du vinaigre blanc dans le tambour, un cycle à vide bien chaud, parfois du bicarbonate en prime. Bosch tranche : « Si votre lave-linge sent mauvais, n'utilisez pas de vinaigre. » Trop agressif, il « attaque les parties en caoutchouc », à commencer par le joint qu'on voulait sauver. La marque mise plutôt sur une « aération continue du tambour » et sur le nettoyant qu'elle recommande (et vend, accessoirement). Quant au duo vinaigre et bicarbonate, l'acide et la base se neutralisent, ce qui en fait un mélange qui mousse beaucoup et nettoie peu.

Pour le joint, pas besoin de chimie lourde. Bosch se contente d'un chiffon et d'eau chaude, sans nettoyant abrasif, Furtwangen d'un nettoyant neutre. Écartez le soufflet avec les doigts, faites le tour en insistant sur le bas, récupérez au passage la chaussette naine qui s'y cache, puis essuyez au sec.

Le tiroir à lessive, et surtout le trou qu'il laisse

Bosch conseille de nettoyer le tiroir à lessive tous les deux mois environ. Sortez-le en entier, laissez-le tremper dans un lavabo, puis frottez avec une vieille brosse à dents, compartiment de l'adoucissant compris. Le plus chargé se trouve pourtant derrière, dans ce logement champion des comptages allemands. Éclairez le plafond de la cavité, d'où tombent les jets d'eau, puis passez la brosse et un chiffon sec.

Pensez aussi au filtre de vidange, derrière une petite trappe en bas de la façade. Il retient peluches, cheveux et rescapés des poches, qui croupissent dans l'eau résiduelle.

Hublot entrouvert, linge étendu sans attendre

Le geste le plus rentable ne coûte rien. Après chaque lavage, laissez le hublot entrouvert et le tiroir tiré de quelques centimètres, le temps que tout sèche : les chercheurs de Furtwangen conseillent de laisser la machine ouverte quand elle ne sert pas. Avec un jeune enfant ou un chat curieux à la maison, entrebâillez à peine et jetez un œil dans le tambour avant chaque lancement.

Le linge, lui, déteste attendre. Oublié dans le tambour, il « développe rapidement de mauvaises odeurs », prévient Bosch, et un séchage lent laisse aux bactéries le temps de se multiplier, notaient les chercheurs de Gand. Étendez sans tarder, en espaçant serviettes et tee-shirts, dans un endroit aéré. Si l'étendoir trône au salon, toute cette eau part dans l'air avant de finir en buée sur les fenêtres au réveil.

Vos questions

Les taches noires du joint vont-elles partir ?

Pas forcément, les plus anciennes résistent au chiffon. Laissez la poudre à récurer au placard : selon Bosch, les nettoyants abrasifs abîment le caoutchouc. Un joint fendu ou décollé, lui, risque de fuir et mérite d'être remplacé.

Tout est propre et le linge sent encore, que vérifier ?

Les tuyaux. Bosch conseille de contrôler l'arrivée d'eau et les flexibles de vidange, car l'odeur peut venir d'une évacuation bouchée, ou d'une eau qui reflue dans l'appareil.

Nos sources

  • Kubota H. et al., « Moraxella Species Are Primarily Responsible for Generating Malodor in Laundry », Applied and Environmental Microbiology, vol. 78, n° 9, 2012
  • Jacksch S. et al., « Influence of Sampling Site and other Environmental Factors on the Bacterial Community Composition of Domestic Washing Machines », Microorganisms, vol. 8, n° 1, 2020 (mis en ligne en décembre 2019)
  • Jacksch S. et al., « Cultivation-Based Quantification and Identification of Bacteria at Two Hygienic Key Sides of Domestic Washing Machines », Microorganisms, vol. 9, n° 5, 2021
  • Seyednikkhoo S., Weide M., Egert M., « Bacterial communities in domestic washing machines associated with user-perceived odours », Applied Microbiology and Biotechnology, vol. 110, 2026 (mis en ligne en juillet 2026)
  • Hochschule Furtwangen (université de Furtwangen), communiqué de presse sur cette étude, septembre 2026
  • Hochschule Furtwangen, communiqués de presse sur les germes des lave-linge et du linge, 2020, 2021 et 2025
  • Callewaert C. et al. (université de Gand), « Bacterial Exchange in Household Washing Machines », Frontiers in Microbiology, vol. 6, 2015
  • Bosch Électroménager France, pages d'aide en ligne sur les mauvaises odeurs du lave-linge, l'usage du vinaigre et le nettoyage du joint et du bac à lessive, consultées en octobre 2026
  • Règlement (CE) n° 648/2004 du Parlement européen et du Conseil relatif aux détergents, annexe VII sur l'étiquetage des composants (dans sa version modifiée par le règlement (CE) n° 907/2006)

Article vérifié avant publication

Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

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