Astuces vérifiées, histoires vraies, sources citées La rédactionNotre méthodeContact
JardinRelu et vérifié

Choisi en boutons et privé de soucoupe, le chrysanthème de la Toussaint tient plus longtemps au cimetière

S'il fleurit pile pour la Toussaint, c'est qu'il mesure la longueur des nuits. La suite dépend de vous : de l'eau sur le terreau plutôt que sur les pompons, pas de radiateur, et pas de brumisateur non plus. Avec un peu de chance, il repartira même au jardin.

Femme souriante aux cheveux gris qui écarte les tiges d'un chrysanthème orange couvert de boutons, dans un pot en terre cuite
IllustrationAu moment de l'achat, les boutons comptent plus que les fleurs ouvertes

L'essentiel en 30 secondes

  1. Plante de jours courts, le chrysanthème forme ses boutons quand les nuits s'allongent, d'où sa floraison d'automne
  2. Arrosez au pied quand le terreau est sec sur 2 à 3 cm, sans mouiller les fleurs, où l'humidité installe la pourriture grise
  3. Au cimetière, ni soucoupe ni cache-pot qui retiennent l'eau : les racines du chrysanthème détestent baigner
Sommaire
  1. Une plante qui compte les heures de nuit
  2. 1919, une date à manier avec des pincettes
  3. Comptez les boutons plutôt que les fleurs
  4. L'eau au pied, jamais sur les pompons
  5. Ni radiateur ni plein soleil derrière la vitre
  6. La soucoupe sur la tombe fait plus de mal que de bien
  7. Une seconde vie au jardin reste possible
  8. Vos questions

Le pot de chrysanthèmes mène une drôle de vie. D'après l'étude Kantar pour FranceAgriMer et VALHOR, 85 % des fleurs et plantes achetées pour la Toussaint 2024 l'ont été en octobre. Le vôtre patiente souvent quelques jours dans l'entrée avant de partir au cimetière, où la pluie et le vent l'attendent bien au-delà du 1er novembre. Il a de quoi tenir, si on lui épargne la chaleur et l'eau mal placée, sur les fleurs comme dans la soucoupe.

Une plante qui compte les heures de nuit

Si le chrysanthème fleurit quand le jardin rend les armes, c'est qu'il se fie moins au thermomètre qu'à la longueur des nuits. Plante dite « de jours courts », il forme ses boutons quand l'obscurité s'allonge, à l'approche de l'automne. Une minuterie réglée sur le noir.

Les horticulteurs en jouent. D'après l'Encyclopædia Universalis, c'est même avec lui que le photopériodisme a trouvé sa plus ancienne application. Avec des rideaux opaques qui allongent la nuit, on peut le faire fleurir toute l'année, même en été. Pour la Toussaint, la Ville de Paris, qui produit les chrysanthèmes de ses cimetières, vise des plantes « à leur maximum le jour J ».

C'est aussi cette horloge qui l'a envoyé au cimetière. Selon le Guichet du savoir de la Bibliothèque municipale de Lyon, qui cite Le Monde, le chrysanthème a commencé dès le milieu du XIXe siècle à remplacer les bougies laissées dans les cimetières à la Toussaint. La raison est terre à terre : début novembre, c'est l'une des rares fleurs encore épanouies.

1919, une date à manier avec des pincettes

Selon un récit repris par la Ville de Paris, tout se serait joué en 1919, quand le président Raymond Poincaré aurait exigé que les monuments aux morts de France soient fleuris le 11 novembre, premier anniversaire de l'armistice. Faute d'avoir retrouvé le texte de cette consigne, on la prendra avec des gants.

Le reste est mieux établi. Le Monde, toujours cité par le Guichet du savoir, relève que la fleur a gagné en popularité après la Grande Guerre, avec tant de morts à honorer, en France comme en Belgique. Elle était d'ailleurs déjà là : pour la Toussaint 1919, dix jours avant le fameux anniversaire, Le Monde illustré notait que « toutes les tombes portent un plant de chrysanthèmes blancs ».

Un siècle plus tard, en 2024, le chrysanthème représentait encore 64 % des fleurs et plantes achetées pour la Toussaint (en nombre), loin devant la pensée (12 %), selon l'étude Kantar.

Comptez les boutons plutôt que les fleurs

Au rayon, on se jette sur le pot le plus fleuri. C'est une erreur. Une fleur grande ouverte a déjà entamé sa carrière, alors qu'un bouton qui laisse voir un soupçon de couleur prendra le relais. Mieux vaut un pot où les fleurs épanouies sont minoritaires.

Puis jouez les inspecteurs. Écartez le feuillage pour voir le cœur de la touffe. Un duvet gris-brun sur des fleurs ou des feuilles mortes y trahit la pourriture grise. Les pucerons, eux, se cachent volontiers sous les feuilles. Dernier contrôle, soulevez le pot. S'il ne pèse presque rien, la motte est sèche.

Jeune homme accroupi qui arrose au pied un chrysanthème blanc et jaune posé sur des cales en bois, sous le regard d'une fillette
IllustrationL'eau va au terreau, pas sur les fleurs, et les cales laissent le pot s'égoutter

L'eau au pied, jamais sur les pompons

Un chrysanthème boit par ses racines, pas par ses pétales. La Royal Horticultural Society (RHS), société d'horticulture britannique, conseille d'arroser à la base des plantes plutôt que sur le feuillage, pour limiter les maladies dues aux champignons. Pour les pots, elle propose le test du doigt : on n'arrose que si le terreau est sec sur 2 à 3 cm.

Ces égards pour les fleurs ont une raison. Chaque pompon est un capitule, une foule de minuscules fleurs serrées les unes contre les autres, qui retient l'eau comme une éponge par temps frais. Or la pourriture grise (Botrytis cinerea), dont les spores flottent en permanence dans l'air, peut infecter les fleurs sans même une blessure, surtout en milieu humide, explique la RHS.

Retirez aussi les fleurs fanées au fur et à mesure, en pinçant la tige juste dessous. D'après la RHS, ce petit ménage encourage de nouveaux boutons et prolonge la floraison. Il prive aussi le champignon de son terrain favori, les fleurs et feuilles mourantes, qu'elle conseille d'éliminer vite.

Ni radiateur ni plein soleil derrière la vitre

Une fleur respire et transpire, et la chaleur accélère tout, flétrissement compris. Près d'un radiateur, le terreau sèche à vue d'œil et les fleurs passent à toute allure. Derrière une vitre en plein soleil, c'est l'effet voiture garée en août : la lumière entre, la chaleur reste.

Visez la pièce la plus fraîche, lumineuse mais sans soleil direct, comme l'entrée ou une chambre peu chauffée (notre point sur la bonne température pièce par pièce aide à la repérer). Mieux encore, laissez-le dehors jusqu'au jour de la visite, à l'abri si une gelée s'annonce. La fraîcheur d'octobre lui va mieux que le salon.

La soucoupe sur la tombe fait plus de mal que de bien

Au cimetière, on glisse volontiers une soucoupe sous le pot, « pour garder une réserve ». En novembre, c'est pourtant l'excès d'eau qui menace. Il pleut souvent, l'eau s'évapore lentement et la soucoupe tourne au pédiluve. Or les racines ont besoin d'air autant que d'eau. Quand l'eau remplit tous les petits vides du terreau, elles étouffent, puis pourrissent. La RHS rappelle que les chrysanthèmes détestent les sols détrempés, et conseille de poser les pots sur de petites cales pour dégager les trous de drainage.

Le cache-pot sans trou et la housse plastique décorative sont des soucoupes déguisées, à retirer ou à percer. Arrosez le jour de la pose si le terreau est sec, puis laissez faire la pluie, et refaites le test du doigt à la visite suivante.

Une seconde vie au jardin reste possible

Replanté, un chrysanthème de la Toussaint peut repartir, sans garantie. Ces plantes sont produites pour une seule saison. La Ville de Paris, par exemple, repart de boutures faites sous serre de février à avril.

Selon la RHS, la plupart des chrysanthèmes rustiques supportent au moins -5 °C. Elle prévient pourtant que la majorité ne résiste ni aux fortes gelées ni à une terre gorgée d'eau, et que les plantes en pot craignent particulièrement le froid.

La floraison finie, rabattez la plante à une vingtaine de centimètres, comme le conseille la RHS. Là où le thermomètre descend rarement sous -5 °C, tentez la pleine terre : coin abrité et ensoleillé, sol bien drainé, épais paillis. Ailleurs, ou en sol argileux, gardez le pot dans un local lumineux, froid mais hors gel, terreau juste humide, et plantez à la fin du printemps, après les dernières gelées.

Vos questions

Pourquoi va-t-on au cimetière le 1er novembre, et pas le 2 ?

La commémoration des défunts tombe bien le 2 novembre. Mais la Toussaint, fête de tous les saints, figure parmi les jours fériés du Code du travail, ce qui facilite la visite en famille. L'historien Régis Bertrand, cité par le Guichet du savoir, note que le 1er novembre est « ordinairement confondu » avec le jour des morts.

Mes fleurs se couvrent d'un duvet gris, que faire ?

C'est la pourriture grise. La RHS conseille de retirer vite les parties atteintes, si possible en les glissant dans un sac pour ne pas disperser les spores, puis d'aérer. Et on cesse de mouiller les fleurs.

Nos sources

  • Étude Kantar pour FranceAgriMer et VALHOR, « Achats de fleurs ou plantes à l'occasion de la Toussaint », données 2024 et 2023 (publiée en 2025)
  • Encyclopædia Universalis, article « Photopériodisme » (Roger Jacques), partie consacrée aux applications à l'horticulture
  • Ville de Paris, « L'étrange histoire du chrysanthème, fleur d'or des cimetières », page mise à jour en 2024
  • Bibliothèque municipale de Lyon, Guichet du savoir, « Depuis quand existe en France la coutume de fleurir les tombes ? », réponse du 17 janvier 2022 (citant Le Monde, qui cite Le Monde illustré, et l'historien Régis Bertrand)
  • Royal Horticultural Society (RHS), guide de culture des chrysanthèmes
  • Royal Horticultural Society (RHS), fiche du genre Chrysanthemum
  • Royal Horticultural Society (RHS), fiche sur la pourriture grise (Botrytis cinerea)
  • Royal Horticultural Society (RHS), conseils d'arrosage au jardin et en pot
  • Code du travail, article L3133-1 sur les fêtes légales

Article vérifié avant publication

Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

Cet article vous a été utile ?

Article suivant Votre clavier AZERTY hérite des machines à écrire américaines et n'a reçu sa première norme qu'en 2019