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Percé de quelques trous et oublié deux ans, un sac de feuilles mortes donne un terreau pour les semis

Les brûler est interdit, et les porter à la déchetterie revient souvent à se défaire d'un paillis et d'un compost gratuits. Étalées au pied des massifs ou mêlées aux épluchures, les feuilles mortes travaillent pour le jardin tout l'hiver. Encore faut-il savoir lesquelles mettre à part.

Un homme à la barbe grise et une adolescente ratissent des feuilles mortes vers un silo grillagé, devant une maison en pierre
IllustrationDirection le silo grillagé, où les feuilles ratissées deviendront du terreau

L'essentiel en 30 secondes

  1. Brûler ses feuilles mortes est interdit, sèches ou humides, à l'air libre comme en incinérateur : jusqu'à 750 euros d'amende.
  2. En paillage, la RHS conseille au moins 5 cm de feuilles, idéalement 7,5 cm, sur une terre humide, désherbée et non gelée.
  3. Le chêne donne un excellent terreau de feuilles en deux ans environ. Le noyer, qui contient de la juglone, passe plutôt par le compost.
Sommaire
  1. Un feu de feuilles peut coûter 750 euros
  2. Sur la pelouse, la tondeuse ramasse et hache d'un seul passage
  3. Un paillis de 5 à 7,5 cm, à poser avant que la terre gèle
  4. Dans le composteur, les feuilles jouent le rôle du « brun »
  5. Le chêne en sac percé, le noyer au compost
  6. Le hérisson sait quoi faire d'un tas de feuilles
  7. Vos questions

En octobre, le jardin reçoit une livraison qu'il n'a pas commandée. Les feuilles qui ont viré au jaune et au rouge quelques semaines plus tôt bouchent les gouttières et changent la pelouse en éponge. On peut y voir une corvée. J'y vois plutôt une matière première, livrée gratuitement, et je ne jette pas un ingrédient tant que je ne lui ai pas trouvé d'usage. Dans mon potager de la Drôme, la feuille morte en a trouvé plusieurs.

Un feu de feuilles peut coûter 750 euros

D'abord, le geste à oublier. Brûler ses déchets verts, secs ou humides, à l'air libre comme dans un incinérateur de jardin, est interdit, rappelle le site officiel Service-Public, qui s'appuie sur l'article L541-21-1 du Code de l'environnement. L'amende peut atteindre 750 euros (article R541-78), soit le plafond des contraventions de 4e classe. Les dérogations sont rares. Le préfet peut en accorder une, à titre exceptionnel, pour éradiquer une maladie des végétaux ou se débarrasser de plantes envahissantes. Si votre commune n'a ni déchetterie ni collecte des déchets verts, des dérogations peuvent aussi exister, et Service-Public invite alors à se renseigner en mairie.

Tout le problème tient dans la fumée. Un tas de feuilles brûle mal, surtout humide, et relâche particules fines, monoxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques et dioxines. Une plaquette de la DREAL Hauts-de-France, fondée sur des données du CITEPA, donne un ordre de grandeur parlant : brûler 50 kg de végétaux émet autant de particules fines PM2,5 qu'une voiture récente (norme Euro 5 ou plus) sur 34 000 à 37 000 km. Pas si anodin, le petit feu de fond de jardin.

Le dépôt en déchetterie, lui, reste autorisé, et c'est la bonne adresse pour les feuilles malades. Pour les saines, l'aller-retour a quelque chose de comique, puisque certaines déchetteries redistribuent ensuite aux particuliers du compost tiré de ces mêmes déchets verts. Mieux vaut le fabriquer sur place.

Sur la pelouse, la tondeuse ramasse et hache d'un seul passage

Une pelouse supporte quelques feuilles. Un tapis épais et détrempé, beaucoup moins. Privée de lumière pendant des semaines, l'herbe peut jaunir dessous, et l'on risque de retrouver au printemps une plaque pelée là où le tas a dormi.

L'outil le plus utile est déjà au garage. La Royal Horticultural Society (RHS), la grande société d'horticulture britannique, conseille de ramasser les feuilles de la pelouse à la tondeuse rotative. Les lames les hachent, ce qui accélère leur décomposition, et le bac y mêle un peu d'herbe coupée, qui enrichira le futur terreau.

Pour savoir quand sortir la machine, je me fie à l'œil. Tant que l'herbe se voit entre les feuilles, on peut les laisser. Quand elle disparaît dessous, on ramasse, de préférence par temps sec, car, mouillées, les feuilles collent sous le carter et bouchent le bac.

Un paillis de 5 à 7,5 cm, à poser avant que la terre gèle

Le paillage est l'usage le plus direct. La RHS conseille une couche d'au moins 5 cm, idéalement 7,5 cm, posée sur une terre humide, désherbée et non gelée. Sur un sol déjà pris par le gel, la couverture, isolante, retarderait au contraire son dégel. Le bon moment, c'est donc maintenant.

Des mains gantées étalent des feuilles mortes au pied de poireaux et d'un chou kale, sur une terre sombre où passe un ver de terre
IllustrationUne couverture de feuilles mortes au pied des poireaux et du chou kale, avant l'hiver

Au potager, une planche récoltée qui passe l'hiver à nu prend la pluie de plein fouet. Couverte de feuilles, elle reste souple, et la vie du sol a de quoi se nourrir jusqu'au printemps. Chez moi, les feuilles passent d'abord sous la tondeuse, car, broyées, elles s'envolent moins au premier coup de vent.

Les feuilles épaisses, lentes à se décomposer, comme celles du châtaignier ou de l'érable sycomore, font un paillis qui dure. Leur défaut au compost devient une qualité au pied d'une haie.

Dans le composteur, les feuilles jouent le rôle du « brun »

Un compost, c'est une affaire de dosage. Avec trop de matières humides (épluchures, tontes fraîches), le tas se tasse et sent mauvais. S'il ne reçoit que du sec, il ne bouge plus. La RHS recommande de 25 à 50 % de matières vertes, riches en azote, le reste en matières brunes, plus ligneuses et riches en carbone. Les feuilles mortes sont le brun le plus facile à trouver. Il suffit de se baisser.

Les grandes feuilles coriaces (marronnier, châtaignier, noyer, érable sycomore) se décomposent lentement, note la RHS, et un passage à la tondeuse les aide. Inutile ensuite de vider dix brouettes d'un coup : on les alterne avec les déchets de cuisine. Autre habitué du composteur, le marc de café traîne son lot d'idées reçues.

Le chêne en sac percé, le noyer au compost

Le terreau de feuilles est un peu le fond de veau du jardinier : long à réduire, mais il sert partout. Selon la RHS, on remplit un grand sac poubelle de feuilles, on les humidifie si elles sont sèches, on perce le sac de quelques trous, on le ferme sans serrer, puis on l'oublie dans un coin. La plupart des feuilles mettent environ deux ans à se transformer. Passé ce délai, un terreau bien décomposé peut servir aux semis. Plus jeune, il sert de paillis.

Le chêne, lui, traîne une mauvaise réputation à cause de ses tanins. La RHS le cite pourtant, avec le hêtre et le charme, parmi les feuilles qui donnent le meilleur terreau. Les persistants comme le laurier-cerise ou le houx vont plutôt au compost, après broyage.

Le noyer, lui, mérite un traitement à part. Ses feuilles contiennent de la juglone, une molécule qui freine la croissance de nombreuses plantes, effet surtout documenté chez le noyer noir d'Amérique. Une étude parue en 1988 dans le Journal of Chemical Ecology a montré que certaines bactéries du sol savent la dégrader. Par prudence, ces feuilles passent donc par un compost bien vivant, mélangées à d'autres, plutôt qu'au pied des tomates.

Le hérisson sait quoi faire d'un tas de feuilles

Gardez enfin un tas de feuilles au fond du jardin, contre une haie ou sous quelques branchages. Selon la LPO, le hérisson d'Europe, espèce protégée, hiberne d'octobre à avril et peut se réfugier dans un tas de feuilles mortes. La British Hedgehog Preservation Society décrit son nid d'hiver comme un dôme compact de 30 à 60 cm de diamètre, fait de vieilles feuilles sèches et d'herbes. Votre tas lui fournit le chantier et les matériaux. Et il existe d'autres façons d'aider le hérisson à l'approche de l'hiver.

Vos questions

Peut-on ramasser les feuilles des trottoirs ?

Mieux vaut choisir sa rue. La RHS prévient que les feuilles ramassées le long des grands axes peuvent être chargées de pollution atmosphérique et conseille les rues calmes. Triez-les aussi, car elles cachent souvent des déchets.

Que faire des aiguilles de pin ?

Un tas à part. Selon la RHS, elles peuvent mettre deux à trois ans à se décomposer et donnent un terreau acide, idéal pour pailler les plantes de terre de bruyère.

Nos sources

  • Service-Public (DILA), fiche pratique sur l'interdiction de brûler les déchets verts, vérifiée le 26 février 2025
  • Code de l'environnement, articles L541-21-1 et R541-78
  • Code pénal, article 131-13
  • DREAL Hauts-de-France, plaquette sur le brûlage à l'air libre des déchets verts, 2023 (données CITEPA)
  • Royal Horticultural Society (RHS), fiches pratiques sur le terreau de feuilles, le compostage et le paillage
  • W. J. Rietveld, « Allelopathic effects of juglone on germination and growth of several herbaceous and woody species », Journal of Chemical Ecology, 1983
  • S. K. Schmidt, « Degradation of juglone by soil bacteria », Journal of Chemical Ecology, 1988
  • LPO, fiche espèce Hérisson d'Europe
  • British Hedgehog Preservation Society, page consacrée à l'hibernation du hérisson

Article vérifié avant publication

Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

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