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Votre géranium de balcon n'est pas un géranium, et c'est pour ça qu'il doit rentrer avant le gel

Linné avait rangé ses ancêtres parmi les géraniums, la botanique les en a sortis en 1789. La star rouge des balcons est un pélargonium venu d'Afrique australe, qui encaisse le froid mais pas le gel. Pour la revoir fleurir au printemps, il lui faut une pièce claire et fraîche, et bien moins d'eau qu'on ne le croit.

Un homme d'une cinquantaine d'années et une jeune femme rentrent des pots de géraniums rouges depuis une terrasse ensoleillée
IllustrationLes pots de géraniums rentrent à l'abri avant les premières gelées

L'essentiel en 30 secondes

  1. Le « géranium » des balcons est un pélargonium : il tolère le froid mais pas le gel, rentrez-le avant les premières gelées (RHS).
  2. Visez une pièce claire et fraîche : vers 7 à 10 °C, beaucoup fleurissent encore. Au chaud et dans la pénombre, les tiges filent.
  3. Arrosez quand le terreau a séché et retirez les feuilles jaunes : l'humidité froide fait le lit de la pourriture grise.
Sommaire
  1. Rangé chez les géraniums en 1753, sorti du lot en 1789
  2. Il tient au frais, pas au gel, qui frappe d'abord au ras du sol
  3. Un tiers, la moitié ou 10 cm, selon la place qu'il vous reste
  4. Au salon il file, dans une pièce fraîche et claire il fleurit encore
  5. Une barquette de boutures, l'assurance anti-gaspi
  6. Pendus tête en bas au garage, la méthode la moins sûre
  7. Les saints de glace ne ferment pas la porte au gel

À la mi-octobre, dans la Drôme comme ailleurs, les géraniums des balcons font souvent encore les fiers, rouges comme en juillet. Il y a six ans jour pour jour, le 14 octobre 2020, Météo-France titrait sur les « premières gelées en plaine », avec -0,6 °C sous abri à Mouterhouse, en Moselle. Quand le thermomètre bascule, mieux vaut que les pots soient déjà rentrés.

Rangé chez les géraniums en 1753, sorti du lot en 1789

En 1753, Linné classe dans le genre Geranium les deux ancêtres sauvages de notre plante de balcon, Geranium zonale et Geranium inquinans. Trente-six ans plus tard, ils passent dans le genre Pelargonium, décrit par le botaniste français Charles Louis L'Héritier de Brutelle. L'usage n'a jamais suivi, et le dictionnaire de l'Académie française définit aussi « géranium » comme le « nom usuel et impropre du pélargonium des horticulteurs ». Les deux noms parlent d'échassiers (geranos, la grue, et pelargos, la cigogne), car leur fruit allongé rappelle un bec.

La vraie différence est géographique. Presque tous les pélargoniums viennent du coin sud-ouest de l'Afrique australe, écrit Kate Hughes, du Jardin botanique royal d'Édimbourg (RBGE). Nos zonales de balcon sont issues du croisement de deux espèces du Cap, Pelargonium inquinans et Pelargonium zonale, et peut-être d'autres, selon les Jardins botaniques royaux de Victoria (Australie). Les géraniums vivaces des massifs, eux, sont presque tous rustiques. La Royal Horticultural Society (RHS) britannique ne met à part que deux espèces insulaires.

Il tient au frais, pas au gel, qui frappe d'abord au ras du sol

Sur l'échelle de rusticité de la RHS, le pélargonium zonal est classé H2 : il tolère les basses températures (la tranche de 1 à 5 °C) mais ne survit pas au gel. D'où sa consigne : rentrer les pots avant les premières gelées d'automne, et empoter d'ici là les pieds de pleine terre.

Gare au chiffre de la météo. La température annoncée est celle de l'air sous abri, et par nuit claire le sol peut geler alors que ce thermomètre reste au-dessus de zéro. Ce jour-là, Météo-France le relevait : là où le ciel était dégagé, « des gelées au sol ont été fréquentes et parfois même sous-abri ». Une jardinière posée par terre est en première ligne.

Avant le déménagement, un brin de toilette. Les fleurs fanées sont les plus exposées à la pourriture grise, note la station agronomique du Connecticut. Les feuilles jaunes, qui bloquent l'air et la lumière, favorisent les champignons, selon le RBGE, pour qui l'aleurode, minuscule mouche blanche, est aussi le ravageur le plus répandu du pélargonium. Inspectez donc le revers des feuilles. Une fois vidées, les jardinières accueilleront volontiers des bulbes de printemps.

Un tiers, la moitié ou 10 cm, selon la place qu'il vous reste

Au RBGE, on retire environ un tiers de la plante en fin d'été ou à l'automne, après la floraison et avant que la lumière d'hiver ne ralentisse la pousse. Elle passe ainsi l'hiver « petite », avec moins de feuillage pour les ravageurs et plus d'air. Pour un pied qui poussera derrière une fenêtre ensoleillée, l'université d'État de l'Iowa le ramène à la moitié ou au tiers de sa hauteur. Faute de place, la RHS descend jusqu'à 10 cm, ce qui freine aussi les pousses molles.

Des mains taillent une tige de géranium au sécateur sur une table en bois, près de boutures et de petits pots en terre cuite
IllustrationLes têtes coupées à la taille d'automne peuvent servir de boutures

En cuisine comme au jardin, on travaille avec une lame propre. Certains virus du pélargonium voyagent d'un pied à l'autre sur les outils de taille et de bouturage, prévient la RHS. Ne jetez pas les têtes coupées, ce sont des boutures en puissance.

Au salon il file, dans une pièce fraîche et claire il fleurit encore

Le réflexe serait de le mettre au chaud. Mauvaise pioche. Dans une pièce chaude et mal éclairée, le pélargonium s'étire en tiges longues et grêles, observe l'université d'État de l'Iowa, qui vise des nuits vers 13 °C et des journées vers 18 °C. La RHS descend plus bas : beaucoup continuent de fleurir entre 7 et 10 °C, au clair et hors gel. Un palier vitré, une chambre peu chauffée ou une véranda non chauffée (à condition qu'il n'y gèle jamais) font l'affaire. Le dessus du radiateur, jamais.

Côté arrosoir, la RHS prêche la retenue : le terreau doit sécher entre deux arrosages. Un pied rabattu court n'a presque besoin de rien jusqu'à la reprise. S'il fleurit encore, un engrais par mois suffit. S'il dort, plus rien.

L'ennemi de l'hiver, c'est l'humidité froide. Dans ses serres, le RBGE a réglé son problème de pourriture grise avec un simple ventilateur de bureau, allumé au moins trois heures par jour. Chez vous, la RHS conseille d'aérer les jours doux, et la station du Connecticut d'espacer les pots.

Une barquette de boutures, l'assurance anti-gaspi

Pour beaucoup de zonales à tiges tendres, la RHS mise sur le bouturage de fin d'été, quitte à se séparer des vieux pieds. Au RBGE, les boutures de pélargonium s'enracinent le mieux d'août à octobre, et celles des zonales d'avril à septembre. À la mi-octobre, vous êtes un peu tard, pas hors délai : beaucoup s'y enracinent de février à novembre.

Prélevez des extrémités de tiges de 7,5 à 10 cm et ôtez les feuilles du bas, conseille l'université d'État de l'Iowa, qui compte six à huit semaines d'enracinement. Le RBGE les voit moins pourrir quand le substrat sèche un peu entre deux arrosages. Une fois enracinées, la RHS les garde au clair et plutôt au sec, vers 7 °C.

Pendus tête en bas au garage, la méthode la moins sûre

Elle prend peu de place, mais la RHS la juge la moins fiable des trois et la réserve aux variétés robustes, à tiges ligneuses. La marche à suivre :

  • avant les gelées, déterrez les pieds et secouez la terre des racines ;
  • laissez-les sécher en cagette, emballez-les dans du papier journal ou suspendez-les tête en bas dans un garage hors gel et sec, entre 7 et 10 °C selon l'Iowa ;
  • une fois par mois, l'Iowa fait tremper les racines une à deux heures ;
  • au début du printemps, la RHS fait tremper les racines quelques heures, rempote et rabat les tiges à environ 10 cm.

Les feuilles tombent, c'est normal. Au moment de rempoter, coupez tout ce qui a séché. Une tige saine reste ferme sous les doigts.

Les saints de glace ne ferment pas la porte au gel

En fin d'hiver, la RHS relance les boutures à l'engrais liquide et pince le bout des tiges pour les ramifier. Le rempotage attend le milieu du printemps. Ensuite, les pots s'habituent à l'extérieur une quinzaine de jours avant de sortir pour de bon, le gel passé.

La tradition fixe cette limite aux saints de glace (Mamert, Pancrace et Servais, du 11 au 13 mai). Météo-France a vérifié sur 130 stations de plaine, de 1951 à 2023. Dans 49 années sur 73, au moins l'une d'elles a relevé du gel entre le 14 mai et le 30 juin, soit environ deux années sur trois. Votre balcon ne gèlera pas pour autant deux printemps sur trois, mais la date ne garantit rien. La prévision de votre commune en dit plus long que le calendrier.

Nos sources

  • Royal Horticultural Society (RHS), guide de culture des pélargoniums (hivernage, taille, bouturage, maladies)
  • Royal Horticultural Society (RHS), fiche Pelargonium × hortorum et échelle de rusticité RHS (catégorie H2)
  • Royal Horticultural Society (RHS), fiche conseil sur les boutures de plantes gélives
  • Royal Horticultural Society (RHS), guide de culture des géraniums vivaces
  • Kate Hughes, « Cultivation of the genus Pelargonium under glass », Sibbaldia n° 7, Royal Botanic Garden Edinburgh, 2009
  • Royal Botanic Gardens Victoria, flore horticole HortFlora, fiche du groupe des pélargoniums zonaux
  • Iowa State University Extension, « How to Overwinter Geraniums », 1999
  • Connecticut Agricultural Experiment Station, Plant Pest Handbook, fiche « Geranium, Zonal or Ivy (Pelargonium) »
  • Académie française, Dictionnaire, 9e édition, articles « géranium » et « pélargonium »
  • International Plant Names Index (IPNI), notices Geranium zonale L. et Geranium inquinans L. (1753), Pelargonium L'Hér., Pelargonium zonale (L.) L'Hér. et Pelargonium inquinans (L.) L'Hér. (1789)
  • Météo-France, « De la fraîcheur aux Saints de glace : est-ce toujours d'actualité ? », 2026
  • Météo-France, « Premières gelées en plaine », 2020

Article vérifié avant publication

Relecture et vérificationHélène Vasseur, le

Les chiffres, dates et recommandations de cet article ont été contrôlés à partir des sources listées ci-dessus. Les images qui l'accompagnent sont des illustrations.

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